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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 16:51

De cette époque des baraques de Brest, j’en garde de bons souvenirs, pas seulement parce que j’ai 11-12 ans, mais peut-être parce que c’est Brest que je retrouve.

 

 

Brest, ,j’y suis né « intra muros » en 1934. Brest que mes parents ont fui pour se réfugier à Landerneau puis à Quimper. 

 

 

Au coin de la rue Traverse et de la place, l’immeuble de la grand-mère avec son magasin avait été détruit. Deux pans de murs tenaient toujours dévoilant les dessous de cette maison. Aux alentours, plu de Musée, rien que l’abri Sadi-Carnot , sinistre avec sa grille tordue et ses bouquets de fleurs sur la place du même nom. Par contre, une boulangerie y existait encore, dans cette rue Traverse, parmi les ruines.

 

 

 

 

Son propriétaire faisait encore du pain et des pâtisseries  qui avaient, je ne sais pourquoi, un goût spécial, mêlé d’avant guerre et de liberté.

 

 

Les rencontres, dans ce champ de ruine où je circulais avec ma grand-mère, avec les anciens brestois, étaient toujours quelque chose de très chaleureux. L’avenir semblait leur sourire et effaçait toute trace de regret. Les rues poussiéreuses commençaient à se border de tas de cailloux réguliers.  Elles grouillaient de badeaux , de travailleurs. et de camions.  La rue de Siam offrait le départ d'un égout.

 

 

Quant à moi, on me mit en pension  chez les jésuites au collège de Bon Secours, dès sa réouverture en baraques, rue Goat ar Gueven.

 

 

 

 Une pension sans entrée ni sortie. Il y a certes une grille toujours ouverte, reste d’une porte d’avant guerre. Les baraques, en bois de couleur noire, papier goudronné, montées sur vide sanitaire de pierres, entourent un plateau rectangulaire, recouvert de goudron. Le noir partout, comme les soutanes des Jes. (jèsuites) Heureusement que le ciel est au-dessus et n’a pas cette couleur. Un hiver, le blanc de la neige recouvre la cour, les toits des baraques . Ce sont les jours les plus marquants. Des luges, en bois, sont construites, des bonhommes de neiges aussi.

 

Les baraques ; c’est une odeur d’exotisme et de renouveau. C’est aussi une découverte. J’en ai vu se monter à Brest, mais jamais je n’y suis entré. On est loin de la maison traditionnelle  à étages . A l’intérieur, une odeur de bois, de papier goudronné, de coltar, se mêle à celle indescriptible de cloisons de papier-cartoné pelucheux

 

.

 

Du  rassemblement, où du haut des marches, le  préfet de discipline,, de petite taille, qui possède une minuscule moto pliable de parachutiste, nous adresse de temps en temps la parole.

 

Il y a des hivers rudes, où en classe, ou en étude, on garde les moufles et les passes montagnes, tant que notre haleine ne réchauffe pas la pièce et que les carreaux ne se couvrent pas de buée. Au ras de nos lèvres, la laine de ces passes montagnes commençe  à s’humidifier. Je n’ai jamais eu autant de doigts gercés.

 

Dans le dortoir, il nous arrive de dormir presque tout habillé, recroquevillé sous des couvertures,  de couleurs et de type armée, deux ou trois paires de chaussettes aux pieds. Il va sans dire que les chaussettes de l’époque n’ont pas la qualité de maintenant. Au réveil, parce qu’on dort quand même à cet age, les gants de toilette, posés sur l’anse du pichet d’eau, près de chaque lit, sont raide de gel. L’eau du pichet en métal laqué présente un surface vitreuse Nous nous l’avons pas beaucoup. C’est vraiment un exploit de le faire, ou alors il faut vraiment être maso. Certains grands, seconde ou première, s’y mettent cependant à cette toilette.. heureusement qu’ Il y a de temps en temps des sorties à une douche, hors du collège. 

 

Il y a aussi une tempête où l’on voit des éléments de toits au papier goudronné d’une de nos baraques s’envoler.

 

Il y a l’électricité qui disparait sans arrêt. La lumière est relayée par nos boites à cirage personnelles où une mèche flotte sur de huile. C’est un lumignon jalousement gardé des attaques des voisins et que l’on range précieusement, comme à  regret, dans le casier de notre bureau, une fois le courant rétabli.

 

Ce n’est pas la prison, mais un monde nouveau empreint d’espoir, dans un environnement que l’on voie pousser autour de nous et aussi plus loin, tous les jeudis et dimanches, lors de nos promenades de pensionnaires.  J'avais en plus l'avantage d'avoir un des frères Jésuite,  de'une parenté pas trop éloigné, qui me laissait je vais dire ,gambader lord des récréations  de midi vers Saint Marc où ma grand-mère avait trouvé  accueil.

 

Je vois Brest redémarrer, durant les quatre années que j’y  passe en pensionnaire. Les sorties nous amènent dans tous les coins de cette ville, du port de commerce à l’arsenal, des grèves de Saint-Marc au Minou, à pied, parfois avec le fourgon d’avant guerre, Mathis ou Peugeot, parfois en bateaux , d’autre fois avec les premiers trolleybus Nous voyons l’égout immense situé  sous la future rue de Siam. Nous voyons les maisons, ou ce qui en reste, abattus, rasés, Tout est nivelé. On comble tout ; les caves des maisons, les différences de niveaux du terrain, entre autre la rue Louis Pasteur et la disparition du quartier de Keravel. Ces promenades  peuvent nous amener aussi vers les blockaus. Plus de Grand Pont, un morceau plongeant sa soif dans la Penfeld. mais  le pont Gueydon, jamais jusque là autant utilisé, que nous prenons.  Des matchs de football nous amènent sur un terrain à la Cavale Blanche qui domine tout Brest, au Bouguen où des villages de baraques poussent comme des champignons. Il en est de même de la cité commerciale, plus gaie, où les enseignes commencent à fleurir.

 

Cette cité commerciale, j’y  passe des heures, du moins les jeudis où j’ai la permission de m’échapper de la promenade. Il est vrai que ces promenades à travers Brest ne sont pas obligatoires, et le groupe ne circule pas en rang.  Ma grand mère a ouvert son magasin de fourniture pour artistes, d’encadrement, d’exposition. les premiers vernissages ont lieue.. Elle a trouvé, en attendant mieux, c’est-à-dire sa maison, à se loger auprès de l’église Saint-Martin. Lors de la récréation de 13 heures, après notre repas de pensionnaire, je réussis parfois à l’y rejoindre pour quelques instants, bien sûr après en avoir demandé la permission.  Un autre particulier, plus haut dans la rue Jean Jaurès, lui a prêté un rez-de-chaussé. Elle y expose des toiles

 

Cette cité est un lieu étrange, tenant de la fête foraine et de la foire exposition, une foire exposition appelée à durer. L’endroit est festif. Certains jours, comme le jeudi, c’est un lieu animé. Les ruelles grouillent de gens. On se retrouve, de petits groupes se forment.  Les rares camions de livraisons ont du mal à s’y frayer un passage, les ruelles ne sont pas larges, les magasins exigus, les étales débordent.

 

Ils sont nombreux ces magasins, de surfaces sur rue différente,  parfois double, façades rectangulaires, ou façades de pignon,  Tous regorgent de marchandises. On y retrouve toutes les enseignes d’avant guerre, les plus grandes comme les plus petites.

 

Ces baraques vont disparaître lentement au fur et à mesure de la reconstruction, et la place sera libérée.

 

L’une d’entre elles, qui était au port de Commerce fut exil sur Penhars, qui n’était pas encore en Quimper.

 

Les Castors des Abeilles qui avaient construit une centaine de maison n’avaient pas de lieu de culte. Ils allèrent donc la chercher.  Elle fut installé le long de la rue de la Terre Noire, monté sur un rez de chaussée de parpaings. Celui-ci servi de salle de catéchisme. Quand à la  chapelle, elle se révéla les dimanches rapidement trop petite.

 

Elle fut remplacée à la fin des années soixante, par une construction en dur, de l’autre côté de la rue..

d’éclats de balles et d’obus sur les murs encore de couleur noire. Le bout, enfin,  halo de lumière aveuglante. Nous voyons les maisons, ou ce qui en reste, abattus, rasés, Tout est nivelé. On comble tout ; les caves des maisons, les différences de niveaux du terrain, entre autre la rue Louis Pasteur et la disparition du quartier de Keravel. Ce qui m’étonne encore c’est la passivité des brestois qui regardait les yeux plein d’images leur passé s’enterrer. Je vivais aussi la même chose. Notre maison, je n’avais aucun regret de la voir ainsi, vide de l’intérieur, cherchant mes marques dans ces restes d’étages et de papiers peints. seul un chauffe-eau pendait à je ne sais qu'elle étage. Ces promenades nous amenaient aussi vers les blockaus. Plus de Grand Pont, un morceau plongeant sa soif dans la Penfeld. mais  le pont Gueydon, jamais jusque là autant utilisé, que nous prenions.  Des matchs de football nous amenaient sur un terrain à la Cavale Blanche qui dominait tout Brest, j’y marquais mon premier et seul but de ma carrière de sportif, et je me permis de prendre une photo de ce terrain comme souvenir. Nous allions au Bouguen où des villages de baraques poussaient comme des champignons. Pour descendre vers le port., nous longions la cité commerciale, plus gaie, où les enseignes commençaient à fleurir,

 

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Published by Jean Pierre Le Bihan - dans SOUVENIRS
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