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7 septembre 2007 5 07 /09 /septembre /2007 09:31




        PONT-CROIX, NOTRE DAME DE ROSCUDON,

        LA BAIE 3 ET LES RESTES D'UNE PASSION.

ci-dessus, saint Jean lors de la cène.
ci-dessous, la baie 3 telle qu'elle se voyait avant restauration.Elle était devenue au cours des ans un puzzle lors de multiples restaurations où les plombs de casse reliaient les pièces.



    Dans la seule baie, la 3, du côté nord mais s'ouvrant à l'est, il existait, depuis les alentours de 1898, époque de la restauration de l'édifice par Just Lisch, architecte en chef des monuments historiques, quatre panneaux de vitraux de la deuxième moitié du XVI ième siècle.

    Leur lecture était très difficile, mais il était possible avec beaucoup d'attention de découvrir quelques éléments plus narratifs pouvant indiquer la présence d'une Cène, d'une Mise au Tombeau, d'un probable Christ devant un grand-prêtre et un possible Jésus, roi des Juifs.

l'historique

    Ces panneaux avoisinaient les 70 sur 68 centimètres, et ils furent déposés en 1982 de leur emplacement,par l'atelier de vitrail,de jean pierre le bihan, lors de la restauration de la grande baie XVI ièmè du transept sud, cela par mesure de sauvegarde, les ferrures rouillées brisant et déchaussant les pièces. Ne pouvant être, par manque de place, être incorporés dans la baie XVI ième, ils attendaient une éventuelle restauration dont l'occasion se présenta avec le Concours du Pélerin Magazine de 1997.

    Les éléments d'origine

 Ils étaient noyés parmi plus de cinquante pour cent d'éléments étrangers, de provenances diverses, éléments indiquant les restaurations antérieures, pièces de couleur en verre plat du XIX ième, pièces peintes XIX ième utilisées comme bouche-trous, pièces de verre antique de couleur du XX ième, parfois traitées à la grisaille. Celles-ci proviennent de la dernière restauration qui eut lieue après la dépose lors de la guerre 39-45.
Certaines pièces, il en était de même pour la baie du transept sud, avaient été recouvertes d'une couche de peinture verte à l'huile, pour atténuer leurs couleurs trop criardes.
   
    La provenance des quatre panneaux,

    Comme nous l'avons vu plus haut, il existe dans la baie sud du transept des vitraux globalement du XVI ième, dont 24 figuratifs. Parmi ceux ci nous trouvons trois éléments d'une Passion très proche de la nôtre et que, probablement leur meilleur état, a du faire admettre dans cette fenêtre.

    Ils sont incorporés dans une Vie de la Vierge, majoritaire au point de vue des sujets tels qu'une Annonciation, une Nativitè, une Adoration des Mages ainsi qu'une Fuite en Egypte. Cette Vie de la Vierge se révèle être la soeur cadette d'une Nativité existant à Notre Dame du Cra
ne en Spézet datant de 1546.

    Cela ne nous indique pas où pouvaient se trouver ces 3 plus 4 panneaux de cette Passion. Serait-ce la baie du chevet, comme il en est souvent l'habitude au XVI ième en Bretagne?  Le relevé de leurs dimensions pourrait nous laisser envisager cette hypothèse, bien que l'édifice soit consacré à la Vierge.
   
    Il reste cependant un petit mystère a propos de la Cène. Elle nous interroge, car si au premier abord elle semble de la même veine, elle varie cependant par son écriture et par l'apport d'une recherche de jaunes d'argent et d'émaux plus poussée. Elle ne semble pas de la même main, ou alors, est-elle du même artiste mais quelque temps plus tard, et, faisait-elle vraiment partie de cette Passion?.Ici Judas lors de cette cène.

    On ne peut aller plus loin, n'ayant que trop peu d'éléments





    Datation,

    Au premier abord, et la datation de Spézet nous aide, il est possible d'admettre que cette Passion est de la deuxième moitié du XVI ième siècle.

    La sanguine, qui apparaît dès la fin du XV ième en France, et très timidement en Cornouaille dès le début du XVI ième, éclate de ses tons tirant au rouge, dans la deuxième moitié de ce siècle. Et c'est le cas ici, elle inonde les visages.

    L'autre apport pour une datation est l'emploi d'un émail bleu et, ici et là, d'un émail violet. Pour cet émail bleu, il est donné une date d'apparition postérieure à 1543.  Pour la Cornouaille, où son emploi est peu fréquent, nous n'avons pas de date,

    On peut donc estimer que cette Passion ne peut être antérieur à 1543-1546.

    D'après une Passion de Durer?

    Ce qui nous a amené à faire cette proposition c'est la façon par laquelle sont traités les visages et les barbes, spécifique à ce graveur, Plus la recherche avance, plus cela parait évident sans que l'on puisse dire que l'artiste verrier ait eu entre les mains des épreuves très proches des originaux. Des copies très libres, dans l'esprit, devaient semble-t-il circuler en Bretagne dans  les ateliers, car entre 1505, date d'une des Passions et 1546, plus de quarante années se sont écoulées.  Se servir des gravures de Durer n?est pas un cas unique ici. Nous le découvrons dans beaucoup de vitraux Cornouaillais .

    Le rapprochement ne peut se faire qu'en retournant la gravure.

Le rapprochement pour les quatre panneaux n'existe que dans la mise en place des personnages; et encore faut-il retourner les gravures de Durer. Cela nous est déjà arrivé en  maintes occasions dont une Vie à Nazareth de Notre Dame de Confort- Meilars. Cette dernière étant cependant plus proche de l'original de Durer

Utilisation de Passions de Durer autres que celle de 15O5.

    Non seulement la Passion de Durer de 1505 a été utilisée, mais l'exemple du St Jean de la Cène, voir plus haut, dont la position endormie n'est pas celle de cette Passion, mais celle d'une Cène de 1523, tandis que les bancs coffres sont proches de celle de 1511. Ce ne peut être une affirmation, car cette position endormie de St Jean est un schéma commun, d'avant et d'après Durer, qui possède une place importante dans l'iconographie chrétienne.

LA BAIE 3 AVEC  LES QUATRE  SUJETS  PLUS EXPLICITES DANS  LA PARTIE INFERIEURE.LES DEUX PANNEAUX DU HAUT SONT LA POUR  COMPLETER  CETTE BAIE.

    Une translation de personnages, seul ou par groupe, dans un sens ou un autre, a ici été utilisée, spécialement pour le groupe avec la Vierge dans la Mise au Tombeau. C'est un usage fréquent en vitrail, spécialement lors de l'utilisation en plusieurs fois d'un même carton comme Guengat-Gouezec ou Saint Fiacre, le Faouët- Saint Nic.

     La Cène,

    C'est le panneau de vitrail le plus compréhensible bien qu'il lui manque entre autre la partie haute avec .la tête du Christ, et c'est le Saint Jean qui affirme l'identité de cette scène. Au dessus de son épaule droite, une main, celle du Christ, présente probablement un morceau de pain, tandis que l'autre main repose par devant Saint Jean. Le visage de ce dernier, comme tous les autres visages, ainsi que les mains et vêtements sur verre incolore, est travaillé à la grisaille et à la sanguine, cette dernière par hachures parallèles plus ou moins longues pour apporter l'ombre et le modelé. En rouge très vif, elle accentue les lèvres, déborde par trait sur la commissure et cerne le menton. Elle court sur les cheveux roux de Judas, identifiable au haut de sa bourse qui apparaît coincée dans la ceinture de sa robe verte. Elle est aussi utilisée, avec un émail bleu pas très pur dans le faux marbre d'un banc- coffre et pour le pichet et la bassine lave-pied du Jeudi Saint. L'échange animé entre les participants, que l'on retrouve dans des Cènes de Durer, est décrite par les positions des mains et des visages autour d'une table de laquelle il ne nous reste qu'un élément de la nappe, un morceau du plat probablement en étain, avec, peut être, un reste d'agneau pascal et un couteau.( à gauche,calque de la Cène de Durer)
    Jésus devant le Grand-Prêtre,

    De Jésus,qui fait face au Grand-Prêtre, il ne reste que le visage de profil et son nimbe. Il est peint sur la même pièce de verre qu'un soldat à la longue barbe, un second apparaitssant entre eux deux. Le Sanhédrin est représentè par trois personnages coiffés de turban. Un rideau vert et un pilier ferment la scène. Barbu et aux longs cheveux coulant sur le dos, le Grand-Prêtre, dont on ne connaitra pas la coiffure, est habillé d'une robe rouge d'où sortent des manches bleues. Le langage de ses mains est incompréhensible. Il en est de même des éléments divers de la partie droite appartenant à des soldats.

    La mise au Tombeau,




    Au départ, c'est la courbe du corps du Christ dans le linceul qui nous a mis sur la voie. Ici aussi, travail de sanguine pour les éléments encore existants du Christ et du linceul. Deux personnages, Joseph d'Arimathie et Nicodème, portent  le cadavre, l'un en robe verte , le second dont il ne reste que la tête et un mince morceau de robe violette. Saint Jean, robe verte, manteau rouge soutient la Vierge dont seulement une partie du voile blanc, les mains jointes et une robe d'un violet-pourpre sont visibles.

  



 Jésus, roi des juifs


    Une tête à la couronne d'épines, une corde liant deux mains, une tige de roseau, ont été les éléments qui ont permis d'identifier ce panneaux. Robe ou manteau rouge à damas, robe blanche; botte jaune sur bas vert, armure bleu, têtes de divers provenances, chair du Christ flagellè, voilà les pièces plus ou moins grandes qui ont été rassemblées ici.

    La restauration.

    Nous étions devant un puzzle dont quelques éléments émergeaient. Nous nous devions de ne conserver que les piéces anciennes et de recomposer l'ensemble, après identification, déssertissage et collages des pièces.

    Nous aurions bien aimé complèter les manques mais justement ces manques nous faisaient défaut. Cette Passion ne présentait pas l'avantage des autres Passions cornouaillaises où le même carton avait été utilisé , ce qui nous aidait dans la reconstitution par calque de la verrière existante.

     Nous ne pouvions inventer sans trahir l'oeuvre. Aussi nous avons, après réflexion, et proposition à messieurs Philippe Bonnet, inspecteur en chef des monuments historiques, et Pierre Alexandre, architecte des Bâtiments de France, décidé d'offrir un fond uniforme légèrement teinté neutre et rehaussé de grisaille en complément des éléments reconstitués.

    La place de ces    "quatre plus trois" panneaux d'une Passion dans le vitrail     cornouaillais.

    Il semble que leur place est unique actuellement. Depuis quatre siècles bien des oeuvres de cet atelier ont pu disparaître. Cet atelier n'a rien à voir avec ceux des Passions cornouaillaises du XVI ième. Il y a peut être, une certaine affinité avec la Passion de Saint Herbot en Plonevez du Faou où il est aussi employé  des sanguines fortes et des émaux bleus  Le dessin marque une certaine vigueur comparable à ici. Mais il est difficile d'avancer plus sans avoir un panneau dans les mains.

     Cet atelier est peut être l'auteur d'une Dormition de la Vierge  dont quelques éléments disparates apparaissent dans un panneau de la baie ouest.  


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Published by Jean Pierre Le Bihan - dans famille de peintres vitriers
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