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11 juillet 2007 3 11 /07 /juillet /2007 20:01
CATHEDRALE SAINT CORENTIN QUIMPER
Baie 120.


Verrière de Jehan de Lespervez +1472.




Cette baie qui se trouve dans le bas sud du transept, côté ouest, comporte quatre lancettes, dont seule la seconde présente deux panneaux du XVe siècle, un buste de Christ bénissant et son dais. Les autres lancettes sont l'oeuvre d'une restauration du XIXième dû à l'atelier parisien  de Lusson

Les historiens du XIXième siècle, témoins

Pour Le Men1 et  l'abbé Thomas2 c'est le même titre : <<Quatrième fenêtre (côté ouest) ,>> mais la description varie un peu, .les personnages ne se trouvant pas à la même place. Cela semble du, comme l?indique le second, à Lusson et à ses <<ouvriers maladroits chargés de la mise en place.>>

Le Men propose,  au restaurateur du XIXième,comme sujet, l'évêque Jehan de Lespervez

Le Men, lors de sa proposition pour la restauration des vitraux avait proposé ce Christ bénissant en la première lancette, suivi d'un évêque en orant, Jehan de Lespervez +1472. Le 9 avril 1467, cet évêque avait légué par testament mille livres pour les réparations de la cathédrale. Cette somme n'étant pas payée en 1489, un commandement à exécution est ordonné. Ceci semble indiquer que le chapitre devait avoir besoin de cet argent pour les travaux de la cathédrale.

Il a probablement proposé les sujets des deux autres baies, soit saint Jean et saint François.

      Ce Christ bénissant,
                d'où vient-il ?


En tout cas, ces deux panneaux du Christ ne peuvent par le style et le dessin du dais être incorporé à d'autres baies en place actuellement.

 Aymar de Blois3, pour cette baie 120, est assez brève :<<Ce vitrail a été renouvelé en entier en vitres blanches>>.

 Divers auteurs4ont vu  ce Christ, de 1837 à 1873, dans la chapelle de la Victoire. Mais d'où venait-il ? Parmi la vingtaine de personnages relevée par de Blois, en 1820, soit bien avant son déplacement vers la chapelle de la Victoire, il existait deux << Notre Seigneur Jésus Christ>>. L'un en la baie 132, actuellement entièrement neuve ; le second faisait partie de la baie 117, grande baie figurée du pignon Nord du transept.

Ces deux panneaux présentent un état déplorable de la grisaille. Elle a quasiment disparu, et cela, semble-t-il récemment.

Pour le Christ bénissant, et pour confirmer ces deux lignes, je me base sur le panneau inférieur de 1873, où l'auteur du XIXe siècle offre, en continuation du manteau du XVe siècle, une suite avec une grisaille très marquée et bien conservée. A mon avis, il avait du travailler  et copier au plus prêt le panneau qu'il avait entre les mains, qui devait être très sale à l'époque.

De plus, à l'intérieur du panneau du Christ, trois pièces du manteau, du début vingtième au plus tôt, nous donnent aussi cette même différence, dont la perception est gênante.

Ce ne sont pas là les seules comparaisons. Pour le dais du XVe siècle, aux architectures et  petits personnages très illisibles, même par réfraction, le restaurateur du  XIXe siècle nous donne un dessin qui ne pouvait être dressé sans avoir un modèle en bon état.

Le pourquoi du mauvais état des deux panneaux du Christ bénissant.

     Comment, pourquoi et quand cette disparition de la grisaille a-t-elle pu se produire ? Il est possible d'avancer, premièrement, la condensation, face intérieure, sur un verre trop sodique qui rejetterait la grisaille,  secondement l'humidité quasi permanente due à des entrées d'eau passant à travers un réseau de plomb au masticage défectueux.

Au-dessous du coude droit du Christ, et du côté intérieur, l'eau, ramassé et drainé par les plombs supérieurs, a enlevé une pellicule de la face du verre sur plus de 2 millimètres de profondeur et 2 centimètres de largeur et cela jusqu'à la barlotière (ferrure horizontale) inférieure. Certes ce travail n'a pu se faire en cent trente ans et indique une forte condensation.

 Cette gravure faite par ruissellement de l'eau n'est pas un cas unique, nous en retrouvons dans la nef. Dans ce panneau,  elle peut  se retrouver dans les rouges du nimbe voisin de la barlotière supérieure

Ce même verre, mais sur la face extérieure, il s'agit d'un verre rouge, a perdu de la même façon son placage.

Cette disparition brutale de la grisaille est peut-être aussi due à l'emplacement de la baie, dernière fenêtre côté Ouest du bras sud du transept, balayée par les pluies.

Le Christ bénissant.

Ce Christ ne peut être rapproché, comme nous l'avons signalé plus haut, des autres verrières.

 D'une facture différente, il offre, malgré sa grisaille défectueuse, et la partie inférieure manquante, une certaine intensité de présence.

Le visage

Sur un rideau, au damas posé au pochoir sur la face intérieure d'un verre d'un rouge très dense, dont il n'en reste que très peu d'origine, et dominé par un nimbe crucifère aux branches rouges pattées, très XVième siècle, qui se terminent en courbe gracieuse balayée de rayons, le visage irradie sa jeunesse. Paire d'yeux vifs regardant vers le bas, verre rose, légèrement concave, pour le visage aux traits fins, aux cheveux longs d'où s'échappent ici et là de belles boucles, barbe séparée en deux, petit balai de moustache prenant racine à droite et à gauche de la lèvre supérieure qu'il laisse  dégagé.

Au-dessus, large galon du rideau offrant quelques restes de lettres donnant UNUM DOMINUM, texte repris par le restaurateur sur les autres lancettes.















Le vêtement


Collet d'une chemise blanche qui apparaît au-dessus d'une robe violette, à l'échancrure fermée au col par un bouton. Manteau, dont la blancheur est due à la pose d'un dépoli assez épais sur la face extérieure, et qui posé sur l'épaule gauche, descendant vers la droite et dont le mouvement, à défaut de trait de grisaille, est indiqué par un filet de jaune d'argent, puis relevé sur le bras gauche, laissant apparaître la main au poignet serré. Comme pour le visage, c'est le verre rose qui est utilisé. Il en sera de même de la main droite, bénissant de deux doigts. Ce verre rose nous confirme une datation  du XVe siècle

On ne peut que regretter de ne posséder que ce buste,  mais il reste quand même le bonheur qu'il nous soit parvenu quasiment entier.

    Le panneau du bas

Le reste de la baie, de création du  XIXe siècle, offre un parti pris que nous retrouvons parfois.

 Pour leurs vitraux neufs, qui ne sont que des copies de vitraux du  XVe siècle et qui possèdent un graphisme de plomb trop éloigné des anciens truffés de plombs au cours des siècles, le verrier auteur y ajoute soit des plombs  de casses supplémentaires, ou tout simplement,  pousse l'hérésie jusqu'à peindre ces plombs de casse sur le verre.

Le dais

Il repose sur deux colonnes, où s'accrochent deux culées qui donnent naissance à un premier étage en courbe. De ces culées part un gâble en accolade ajourée, terminé et accompagné de fleurons gothiques. Ce premier étage ajouré de créneaux triangulaires se termine par un parapet  surmonté de fleurons. Deux colonnes, une à droite, une à gauche, portent chacune un saint en manteau et sans attribut.

L'étage suivant, la moitié moins large, monte jusqu'au fleuron terminal, se découpant sur un ciel rouge assez important. Deux contreforts avec pinacles ajourés y sont accrochés. Une chapelle triangulaire aux deux façades percées chacune d'une baie à trois lancettes  vient en avant d'un fronton supportant deux niches.




Notes,
1, Le Men. op. cit.,p. 137.
2, abbé Thomas. Op. cit. p. 123. P 62.
3, de Blois, op. cit. p.28.
4, Auguste André, op.cit ., p.191, reprenant  de Blois, Philippe-Lavallée et Pol de Courcy. De Guilhermy, op. cit., p.cii : <<Le Christ bénissant.>




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Published by Jean Pierre Le Bihan - dans famille de peintres vitriers
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