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2 avril 2007 1 02 /04 /avril /2007 11:07


CATHEDRALE SAINT CORENTIN QUIMPER

                        BAIE 116.




            Vitre de Geffroy et Rioc de Tréanna,



Cette baie, dernière du côté est du bras sud du transept, est composée de cinq lancettes trilobées de quatre panneaux chacune et d'un réseau de neuf écoinçons.

Du vitrail originel que reste-t-il ?et diverses descriptions des historiens

Des vitraux d?origine, 1496, il en reste une grande partie.  Cependant on ne peut que regretter la disparition de  deux socles:  celui au-dessous du Christ, et celui de saint Martin, une grande partie du panneau inférieure, et celui, du chanoine donateur de l'extrême droite,aisi que le visage du Christ en c2, un dais et quatre têtes de lancettes. Dans le réseau, quelques éléments de quatre évangélistes ont subsisté., mais il semble qu'ils ne soient pas à leur place d'origine.

La description des emplacements des personnages que Le Men nous offre ne correspond ni à ce qui existe actuellement, ni à celle donnée par l'abbé Thomas ; qui est celle faite après la restauration de 1873-1874.

 Une troisième lecture a été faite par le verrier Ottin,  après la pose, Il a fait quelques erreurs minimes, comme le marteau pris pour une béquille et du coup il n'a pu, à cause de cela, reconnaître le saint Eloi 3

La lecture, de cette baie, en partant de la gauche, donne: un chanoine donateur avec un saint intercesseur, une sainte, un Christ tenant la croix de Résurrection, saint Martin partageant son manteau, puis à l'extrémité droite, un second donateur avec un saint intercesseur.(absent de la photo ci-contre)

Dans le réseau, quatre bustes d'évangélistes, dont Ottin est le seul à signaler la présence. Ces derniers, où ce qu'il en restait, avaient été employés, entre 1837 et 1873, dans la chapelle Notre-Dame de la Victoire.Nous leur avons fait retrouver leur place possible.

Revenons à la plus ancienne description, celle d'Aymar de Blois :

«Le premier panneau, offre l'image de sainte Geneviève de Paris, le second, un chanoine présenté par saint Eloi; évêque caractérisé par le marteau qu'il tient, rien ne désigne qui est le chanoine. Le troisième est un autre chanoine présenté par saint Antoine, ses armes sont une couronne verte sur un fond blanc5. Le quatrième, Notre Seigneur, ou saint Jean-Baptiste, on ne peut trop distinguer lequel des deux, et le cinquième, saint Martin, évêque de Tours, distinguée par la croix pommelée qu'il tient.»

C?est cette description que nous présente Le Men.

La place du restaurateur du XIX°

 Ce restaurateur, il y a de grande chance que ce soit Lefèvre 6, il a remis l'ensemble dans un ordre plus convainquant. Mais il a aussi fourni les deux blasons de Tréanna, en a1 et e1, suivant en cela les indications de Le Men et le texte, dont des éléments en lettres romanes subsistaient alors sur les socles. Cependant ce restaurateur nous proposait des armoiries avec le macle d'argent au lieu d'azur.7

Al'époque, lorsqu'une pièce était brisée ou fendue, on posait un plomb dit de plombs de casse. ils étaient nombreux lorsque la restauration de 1993 à commencée.Les photos de Ste Geneviève et de St Martin avant le montrent.


Les deux chanoines, des extrémités de la baie, seraient donc des de Tréanna.

Geffroy et Rioc de Tréanna sont signalés par Le Men,8,comme chanoines de la Cathédrale en 1486 et 1496.

Le premier, comme l'indique une inscription des socles en écriture romane, est archidiacre du Mans et recteur de la paroisse de Crozon. Il fonda, toujours selon Le Men, dans la cathédrale, un obit de < six vingt écus d'or vieux du coin royal de France pesant 120 gros»

Le second fit de même et fonda dans la même église un obit de 40 gros d'or. En 1473, ce même Géffroy de Tréanna est mentionné par un acte du Saint-Siège comme clerc du diocèse de Quimper, Licencié en décrets, maître-es-arts commensal de l?évêque de Sabine, Alain de Coétivy, il obtient une dispense pour des bénéfices incompatibles 10 . Au décès du cardinal de Coétivy en 1474, Geoffroy de Tréanna, chanoine de Quimper devient vice-chancelier et commensal10bis de Roderic, évêque d?Albano, alias Rodrigue Borgia qui deviendra pape sous le nom d?Alexandre VI (1492-1503) 11 Leur écu se voit sur la voûte en face de la baie 124. Ils n'eurent pas le droit à celle en. face de leur baie comme il était souvent le cas, l'évêque Alain le Maout (1486-1493) ayant  déjà, d'une courte tête semble-t-il, monopolisé les trois écus du bras sud du transept.

Les Tréanna une famille répertoriée.

Un autre de Tréanna, Guezennec, était aussi, un demi-siècle plus tôt, 1443, archidiacre du Mans. Il apparaît dans une codicille testamentaire dressée par l'évêque Jehan de Lespervez avec le titre de maistre. 12

Dans le choeur de cette même cathédrale, la famille de Tréanna est titulaire d'une baie, la 108, avec, dans la première lancette la représentation d'un chevalier en orant présenté par un saint évêque.

 On trouve aussi , dans la baie 112, dans la seconde lancette un second chevalier de Tréanna, ici présenté par un saint religieux non défini. A la fin du XIV et tout début du XVe, un chanoine Jean de Tréanna est signalé à la Cathédrale 13


Saint Eloi et Geffroy de Tréanna. 1ère lancette à gauche .

C'est devant un rideau, d'un violet sombre, aux damas exécutés au pochoir sur la face intérieure du verre, et maintenu par un galon en verre jaune Xllle très foncé, au rythme cassé vers le centre et décoré d'une succession de quadrilobes inséré dans un rond et portant une perle au centre, que sont présentés les deux personnages.

Pourquoi ce donateur  a-t-il choisi saint Eloi comme intercesseur? Certes ce saint est donné comme orfèvre et trésorier de Clotaire Il et de Dagobert, je ne vois aucun rapport avec le Geffroy de Tréanna. Il en sera de même pour son frère Rioc avec saint Antoine. Ils ont emporté la réponse avec eux, comme l?écrit l'historien Emile MaIe :

«Lorsque les donateurs n'offrent pas l'image de leur saint patron, il est parfois possible de découvrir pour qu'elles raisons ils ont choisi tel autre personnage » 14.

L'ont-ils choisi pour son action ou plutôt mission pacificatrice en Bretagne, sur ordre de Dagobert, mission qu'il réussit en faisant Judicaél, duc de Bretagne,  monter jusqu?à Clichy, afin d'y conclure une entente qui aurait assujetti le duché au royaume des Francs?

Description  de saint Eloi

Ce pacificateur est vêtu d'une chasuble verte, à l'élément décoratif en verre jaune, dont seule la partie supérieure, qui est visible, offre au centre un IHS très travaillé et entrelacé qui est accompagné sur la droite de trois lettres S L O, et au dessus d?un E.

saint EIoi tient de la main droite, portant entre le pouce et l'index, le marteau très léger des orfèvres. Il est ici de couleur bleue et de forme en arc de cercle, et possède un manche fin. Derrière cette main apparaît la doublure de couleur violet-brun de la chasuble. Elle est portée sur une aube dont la blancheur apparaît au ras du cou

 Cette main droite est gantée de blanc et porte  une bague d'or à l'extrémité du médius. Sur le dos de la main, un second bijou.

 La seconde main, gantée avec un anneau d?or au pouce, serre le manche, parcouru de volutes, de la crosse ouverte vers l'extérieur. Cette crosse est ici faite de motifs végétaux  peints à la grisaille sur un verre incolore rehaussé de jaune d'argent.

La crosse, la croix et le cierge, la composition parallèle  de ces objets tenus par les acteurs de la baie est-elle voulue !

A l'encontre de la crosse du saint Antoine et de la croix du Christ, que l'on voit plus loin, toutes deux portées bien droites, celle de saint Eloi est de biais, parallèle au cierge de sainte Geneviève. Cette composition est-elle voulue? Pour moi, cela me semble réaliste de l'affirmer.: Car nous trouvons deux obliques, qui ouvrent vers le Christ, une verticale, celle de sa croix, puis l?oblique plus accentué de l?épée de saint Martin, celle ci, contrebalancée par la canne du pauvre. Le tout est bien calé par la légère verticale de saint Antoine.

Mais revenons à notre couple de la première lancette. Du saint Eloi, la mitre étant XIXe, il nous reste le visage et le nimbe. Ce dernier ne présente comme décor qu'une légère suite de demi cercle.

Des visages semblables.

Pour la tête, on s'est servi  d'un verre d'un rose tirant sur le gris. Cette tête prend les mêmes traits que ceux de la tête du donateur, et que ceux, inversés ou pas de toutes les autres visages de la baie ; utilisation d'un même carton ou calque !C'est aussi le cas à Brennilis.

Cette façon de travailler avec un modèle, copié par transparence, n'est pas spécifique à cette baie, nous le retrouverons par la suite. Ce procédé est d'autant plus aisé à découvrir que nous possédons sept visages d'origine.

La mitre très XIX° de 1873-1874 a été remplacée par une plus dans l'époque,suivant documentation; elle repose sur un bonnet rouge d'où s'échappe une touffe de cheveux qui recouvre l'oreille. Ceux-ci sont exécutés au lavis avec un enlevé à la brosse et à la pointe. Un léger jaune d'argent est posé sur la face extérieure.

Sur le visage même principe de lavis avec enlevés. Mais ici des traits très fins, parallèles, ont été données a l'aide d'un pinceau à trois poils. Le visage est présenté de trois quart et le regard se  porte vers le centre des lancettes.

Le donateur, Geffroy de Tanna, ses vêtements liturgiques et leur  décor

Le donateur, Geffroy de Tanna, pose les mains jointes  devant le pupitre traditionnel, où est ouvert, vu de profil, le livre des saintes écritures qui sont représentées par neuf lignes d'un gros trait de grisaille noire.

Du visage, du même verre que son intercesseur, on peut retenir la coupe ou coiffure des cheveux, relevés vers le haut  et où apparaît une tonsure, qui forme un gros chignon à l'arrière; le tout exécuté au lavis et aux enlevés aux bois et à la pointe.

De la couverture rouge pendent deux sceaux de couleur jaune XlIle accrochés à une étoffe verte. Un tissu violet foncé, complètement mangé à l'extérieur de cratères, recouvre le pupitre, et descend jusqu'au sol bleu. Sur celui-ci, quelques enlevés au bois dessinent librement des demis quadrilobes.

 Un décor de damas, au dessin très serré de motifs floraux, et qui est de surface importante, couvre une chape rouge. L'orfroi de celle-ci est d'une richesse de dessin. Des lettres blanches d'un gothique décoratif, fait au filling, se détachent sur un fond au jaune d?argent. Ce texte, qui donnerait AVE MARIA GRATIA PLENA, est encadré de deux filets de perles. Le mors de chape, de forme proche d'un  quadrilobe imposant, a pris l'aspect d'un objet en métal. Cet aspect est obtenu par le volume en rond de bosse des amandes, perles et anneaux, rehaussé par l'emploi de jaune d'argent.
*
Du blason tout a été dit. Nous signalons cependant que nous l'avons rétabli lors de la restauration en 1999.

Terminé pour cette lancette, les autres suivront.
notes

1, R. F Le Men, Monographie de la cathédrale de Quimper, p 156;
2, abbé Alexandre Thomas, La cathédrale de Quimper ,op.cit. p.61
3, L. Ottin, peintre verrier, Le vitrail, son histoire, ses manifestations à travers les ages et les peuples. H. Laurens, Editeur, Paris, non daté. P. 174. 24°F.1° St évêque avec crosse et béquille. Dr en chasuble- Ste Geneviève avec l?ange et le démon se disputant à qui rallumera ou éteindra le cierge.-30 Christ aux Lymbes en manteau rouge et la croix à la main.- St Martin.- 5°
Solitaire crossé. Dr en aube.
4, De Blois, Arch. Dioc. Quimper, Registre de Boisbilly
5, de ce blason, personne n'en parle.
6, Lefèvre, Léon, déjà cité baie 113.
7, le restaurateur l'a-t-il fait par négligence, ou n'était-il pas ne mesure de faire le macle avec un émail bleu, ou faire un chef-d'oeuvre lui était par trop compliqué.
8, Le Men, op. cit. p.126.
9, service religieux célébré par fondation pour un défunt à la date anniversaire de sa mort.
10, Cf., Yves-Pascal Castel, Brève note sur Geffroy de Tréanna, Actes de Sixte IV, Vol. 729,f0
10 bis, commensal, lat. cum, avec et mensal, table, celui qui mange à table avec une autre personne.
11, cités dans le Bulletin  Diocésain d?Histoire et d?Archéologie, 1914, p. 356.
il, Y.P Castel, Note déjà citée, op.cit, vol. 759, f0 243.
12, R.F. Le Men, op. cit, p. 175.
13 Y. P.Castel, note déjà citée.
14, Emile MaLe, L'art religieux au XlIie, p. 325.
15, Il en existe un à Saint-Michel de Guéhenno, cf. Y.P.Castel.
15 bis, chef d'oeuvre. il s'agit d'une pièce de verre, de diverses formes  et de diverses tailles, incrustée dans une découpe préalablement établie dans un verre  de la même forme et la même forme à quelques deux millimètres près. Cette espace sert pour glisser le plomb..
16, vergette: fer rond ou carré d?environ 8 millimètres d?épaisseur, posé horizontalement, renforçant le vitrail qui s?y attache par des attaches en plomb, et scellé dans la maçonnerie.
Lorsqu'il suit le dessin des plombs il évite cet incident sur la grisaille que nous voyons sur cette tête et sur celle XlXe du Christ, ici en décollant la grisaille.
17, abbé Alexandre Thomas. Op.cit.,p.5


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Published by Jean Pierre Le Bihan - dans famille de peintres vitriers
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