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28 mars 2007 3 28 /03 /mars /2007 20:13
1480.un chef d'oeuvre          COMMUNE DE BRENNILIS, Finistère

        Eglise Notre-Dame, classée MH   Baie du chevet


Cette église était à l'origine, au XVème siècle, une chapelle, dépendante de la paroisse de Loqueffret, puis, à partir de 1849, de l'Abbaye du Relecq en Plounéour Ménez. Quand à la La commune de Brennilis,  elle ne vit le jour qu'en 1884.

Les vitraux de cet édifice.

Trois verrière figuratives, classées le 10 novembre 1906, (1) éclairent la façade Est de cet édifice, alors que les autres fenêtres du côté Sud ne présentent que des verrières en verre blanc et plombs de diverses époques dont les tympans sont parfois ornés de restes de blasons et  de dais d'architectures. La Vierge, à laquelle est consacrée cette église, est présente dans la verrière du chevet, la 0, ainsi que dans la fenêtre 1, où se voit une Sainte Conception de Marie,fort indécente.(2) Ce dernier vitrail fut offert par un Roland de Berrien, vicaire perpétuel de Pleyben dans les années 1492 -1498, qui est aussi le donateur de la verrière du chevet de la chapelle de Lanneleg en Pleyben.


 
La Baie du chevet



La datation de cette verrière du chevet peut reposer sur les décors et sur les armoiries

A l'encontre de la verrière de la Sainte Conception, nous n'avons aucune inscription ni date . Il est vrai aussi que  quatre panneaux inférieurs nous manquent. Ceux-ci auraient pu être porteurs d'une indication. Grâce aux divers blasons qui ornent le tympan aux trois fleurs de lys, nous pouvons  entrevoir une datation
Ces blasons sont accompagnés d'anges musiciens et orants, ainsi que de motifs végétaux et floraux avec des épis en forme de pommes de pin. Ce décor avec épis  peut nous donner des indices, car il se retrouve dans la fenêtre du transept Nord de Pleyben, malheureusement cachée par un retable, et, dans la fenêtre du chevet du Pénity de Locronan. Il en est de même dans l'Arbre de Jessé de Notre Dame de Confort. Pour les deux premiers édifices, nous avons des dates différentes, milieu XVlème pour le premier et tout début  pour le second. Quant à l'Arbre de Jessé, il   est de la première moitié du XVlème.

L'étude des armoiries est plus prometteuse.

1443 !

Cette date  est celle du blason : des Berrien - Lézongar, au franc canton, chargé d?un lion de sable. Le lion de sable a disparu de son emplacement et orne, comme bouche-trou, la partie supérieure de la scène de la présentation de Marie au Temple. Il sera remis à sa place, lors des travaux de restauration.

1450 !

Blason burelée de dix pièces d'argent et de gueules pour Yvon du Quélen, et faxée d'or et de gueules de six pièces pour Jeanne du Chastel. Pour cette première armoiries, il peut être proposé au plus tôt 1450, date de leur mariage.

 
1481 !

 Autre approche  possible avec les armoiries mi-parti de Berrien et du Juch. Celui-ci était homme d'armes lors d'une montre de 1481 et épousa Louise du Juch. Ils furent le père et la mère de la précédente.

1495 !

Autres dates plus tardives avec les armoiries mi-parti de Quélen et de Berrien. Cette dernière, Louise de Berrien, dame de Coatanezre et de Kerdudal, épousa vers 1495, Olivier de Quélen, baron du Vieux Chastel.
Toutes ces armoiries, dont la datation va de 1443 à 1481 environ, sont à notre avis de la même époque. S'il y avait un doute pour l'une d'elle, l'accompagnement d'anges et de motifs  floraux est bien d'un seul jet et d'une même époque. Donc en premier ressort, nous proposons
148O


Autre approche : l'emploi de la sanguine

Autre approche, plutôt technique, d'une datation probable, c'est l'emploi, avec une grande habileté, de la sanguine sur les visages et les mains des personnages du vitrail. Son apparition, sur le plan national et mondial, date de la première moitié du XVIème siècle.
De cette sanguine, on n'en trouve trace, ni dans les verrières hautes du choeur, de la nef et du transept de la Cathédrale de Quimper datées de 1417 - 1419, pour les premières et fin du siècle pour les autres,  ni dans les Passions XVème ( baie 4) de Guengat, de Kerdévot en Ergué Gabéric. Pour y pallier, il est employé parfois des verres roses, ce qui est notable au chevet de Locronan qui est bien du XVème siècle et que Couffon date du XVlème siècle, se tablant sur les armoiries de François Il et de Marguerite de Foix ... Comme quoi, il faut être très réservé sur la datation de ces armoiries.

Le fenestrage en fleur de lys.
Troisième approche sur la datation du vitrail, c'est un autre chercheur, Yves Pascal Castel, dans 'la fleur de lys aux fenestrages des églises de Basse Bretagne' qui nous la donne, avec la date de 1485 pour Brennilis, en se référant à une inscription lapidaire qui signale la présence d'un procureur 'au commencement de cette chapelle.Nous voici donc en pleine indécision et la comparaison avec d'autres verrières est impossible.

Oeuvre spécifique d'un atelier inconnu pour le moment.En tout cas,Il s'agit ici d'une oeuvre spécifique d'un atelier dont on ne retrouve pas de traces ailleurs. C'est le cas de beaucoup de verrières du XVème siècle qui sont toutes différentes d'esprit, de sensibilité artistique et de technique picturale, ce qui en fait le charme et la richesse.Elles n'ont de points communs, et encore, que dans la technique de la coupe, de la cuisson, des emplois de grisaille, de jaune d'argent et de mise en plomb. C'est le mystère de  ces vitraux, dont on ne connaît encore, ni les commanditaires, ni les auteurs.
Nous penchons pour la fin du XVème ;

Revenons à notre point de départ: quelle date attribuer à ce vitrail? 1450 -1485? Nous pencherons tout bonnement, peut-être avec erreur, pour la fin du XVème, bien que??..

LA VERRIERE DE LA VIE DE LA VIERGE.

Nous avons ici, à Brennilis, huit panneaux historiés, sur seize, répartis deux par deux, en quatre lancettes de 2.80 mètres de haut et de 48 centimètres de large. Ces dimensions varient de plusieurs centimètres, autant en largeur qu'en hauteur suivant les lancettes. Le sol est très proche du côté intérieur, 2.50 mètres et un autel, avec retable, cachait la partie basse de la verrière, il y a encore une trentaine d'années.

Une restauration partielle du peintre verrier Jean Jacques Gruber, avec incorporation de vitraux d'accompagnement dans les parties manquantes, avait eu lieu, suite à la visite de Madame Pompidou, lors de l'inauguration de la Centrale Nucléaire.(3)

Les têtes de lancettes sont réservées aux dais d'architecture, en verre incolore rehaussé de grisaille et de jaune d'argent, dont le dessin est très ouvragé, avec une perspective concave répétitive, qui laisse entrevoir une tribune. L'esprit est gothique.

Malheureusement, à une époque récente, XlXème ou XXème siècle, les parties supérieures ont été coupées, dénaturant la lancée (ou terminaison florale) de ces dais. Cela a semble-t-il été nécessaire suite à un affaissement de la maçonnerie du côté gauche.

Les autres baies, la 1 et la 2, ont eu le haut de ces architectures encore plus massacré. Ces deux verrières venaient-elles d'autres fenêtres? Ce qui est très plausible car dans les baies 4 et 6, nous trouvons encore en place des éléments terminaux d'architectures. Déménagements très fréquents aux XVllème et XVlllème siècle. Dans ce cas précis, la vitrerie blanche de ces baies nous l'indique bien.

Les panneaux manquants, de la baie du chevet, emplacements des donateurs !

Dans les quatre panneaux manquants, plus grands que les figurés, nous n'avons pu déterminer ce qui était présenté. On peut cependant proposer, mais sans affirmer, qu'on aurait pu y voir des donateurs en orant, comme par exemple ces couples du Quélen - du Chastel et de Berrien Lézongar. Nous ne pouvons aller plus loin, car, pour le moment, nous n'avons trouvé aucun acte de prééminence concernant cette église. Se pose la question :quand ont-ils disparu ? Lors de la révolution ? C'est peu probable ; les autres armoiries, faciles d'accès, y sont encore.
Peut-être la présence d'un retable très conséquent et la manie ou tradition du XVllème de boucher avec de la pierre ou de l'ardoise le bas des lancettes en est la cause, ce qui est très fréquent dans notre région.

DESCRIPTION DE LA VIE DE LA VIERGE


Cette vie de la Vierge commence en haut à gauche, pour se poursuivre vers la droite, par l'« Entrée de Marie au Temple", petite « bonne femme » montant les marches sous les yeux d'Anne et de Joseph.

Succède le mariage de Marie et de Joseph avec l'épisode du rameau, sujet très fréquent dans les vitraux du XVème en Cornouaille.

Le Nouveau Testament et l'Evangile de Luc sont pris pour les quatre tableaux suivants : l'Annonciation, la Visitation, la Nativité et la Circoncision. De l'évangile de Mathieu proviennent l'Adoration des Mages et la Fuite en Egypte.

La composition de chaque scène et le parti-pris simplifié du décor, sont un atout et une spécificité de cet atelier. Le lieu où l'action se déroule est très simplement. indiqué.

Dans l'Entrée de Marie au Temple, ce dernier prend la moitié du panneau. C'est un escalier en courbe dont les onze marches, au dessin naïf, présentent une perspective hallucinante ainsi qu'une montée très délicate. Au haut, le grand prêtre sort d'une porte, les bras ouverts vers Marie. A gauche, Joachim et Anne, volume rectangulaire sur fond bleu.

Pour le Mariage de la Vierge, le Temple n'est pas représenté, si ce n'est par le grand prêtre. Seul le fond rouge pourrait rappeler le rideau du Temple.

Ici, on peut relever la place des fonds dans les panneaux supérieurs, deux fonds bleus encadrent deux fonds rouges. Au-dessous, deux fonds rouges encadrent deux fonds bleus. On aurait probablement retrouvé au-dessous, dans les parties manquantes, le même parti-pris, soit bleu, rouge - rouge, bleu. Mais continuons à regarder nos panneaux.

Seul le pupitre et la colonne d'architecture, qui ouvre sur l'espace rouge, indiquent le lieu de l'Annonciation. A noter cependant, au-dessus de Marie, le plafond voûté en bois. Toujours le même dépouillement dans la Visitation. Geste, plus que rare, d'une Elisabeth à genoux devant Marie. Le décor est une petite porte cintrée derrière une femme témoin.

Dans les deux scènes de la crèche, le lieu est un mur de pierres, bien jointoyées et posées régulièrement, parfois presqu'en ruine, ceci dans la Nativité; en meilleur état lors du passage des Rois Mages. Les dimensions des pierres ont varié d'une scène à l'autre. Et, sur ce mur de pierres repose le toit, dont la charpente est constituée de troncs d'arbres, et aussi de branches dont certains portent encore les écots. Des liens en corde unissent ces éléments de charpente. Image des étables du XVème siècle!

La Circoncision se déroule sur un fond bleu violet, le Temple c'est l'autel et le grand prêtre.

Enfin, pour la Fuite en Egypte, ni arbre, ni palmier, simplement un fond rouge. Cette façon de procéder permet dans tous les cas, une meilleure lecture et on est loin des vitraux aux décors exubérants de la Renaissance. Cet esprit de simplicité de composition n'est pas sans rappeler les vitraux des Xllème et Xlllème siècle.


La palette des couleurs

Ce fut une surprise que de découvrir le grand nombre de teintes de verres qu employa le verrier. Cela indique aussi la présence d'un atelier possédant un stock et une palette de couleurs de verres, ce qui est assez rarissime.

Il y a les rougesqui semblent prédominants par leur surface. Ils ont été choisis dans des feuilles de tonalité très proche ; ce qui n'est pas toujours facile. Le rouge ne laissant pas passer la lumière, il s'agit d'un verre blanc supportant au soufflage une fine pellicule de rouge.

Nous trouvons un bleu violet dans la robe d'Elisabeth, un autre, un peu plus fort pour St Joseph, que cela soit au Mariage ou dans la Nativité. A noter que St Joseph ne se trouve plus dans l'Adoration des Mages, probablement question de place.

Il y a le bleu du manteau de la Vierge que l'on retrouve dans toutes les scènes. Ce manteau bleu recouvre une robe d'un violet carmin, violet que l'on voit plus proche d'un brun laqué comme fond de la Circoncision, ou, plus brun vermillon chez Joachim. Il y a encore un violet, plus gris violacé pour les ailes de l'Ange Gabriel.

Les verts sont, eux aussi, nombreux. On en relève trois: une cendre verte derrière la Vierge de l'Annonciation, un moyen sur le pupitre de la même scène et que l'on retrouve pour les sols de l'entrée de Marie au Temple, de la Visitation et de la Nativité. Et enfin, un vert émeraude sur le manteau de l?Ange Gabriel.

Le verre incolore présente au moins deux teintes que l'on devine dans les architectures. L'une d'elles, la plus proche du blanc, est utilisée pour les visages, les mains et les corps.

Les visages

L'approche du détail nous confirme, une fois de plus, la spécificité et la qualité hors pair de cet atelier, avec cependant une certaine réserve pour la scène de la Présentation de Marie au Temple.

Attirés par l'air de famille des visages, ce qui est une chose naturelle, lorsque c'est le même peintre qui oeuvre sur une verrière, nous avons été plus loin et avons découvert (et cela est la première fois en trente ans de métier) en superposant les visages, hommes sur hommes, femmes sur femmes, parfois face interne sur face externe, nous avons donc découvert que le peintre verrier devait posséder un dessin original de visages. Il le transposait très légèrement, sans grande modification, par transparence, ouvrant ici un peu plus grand les yeux, forçant là un peu sur le nez. Il a agi de même pour le toit de la crèche.


Le peintre

Il n'était pas seulement un copieur, il savait tenir ses pinceaux et son registre plastique est époustouflant.

Le trait de grisaille noir est très sensible, juste ce qu'il faut, affirmant quelques traits comme les sourcils, les paupières, l'oeil ou les poils de barbe ou les cheveux. Tout le reste est une débauche luxuriante de sanguine.
Cette sanguine, il l'a posée sur les deux faces du verre, au dos pour accentuer la teinte, les traits et donner des ombres. C'est avec elle, qu'il crée les visage, les mains. Il va même plus loin. Avec cette même sanguine ou du Jean Cousin, qui est de la sanguine encore plus cuite et desséchée, et sa grisaille noire mélangées, il arrive à une teinte brune. Cette teinte se trouve dans le toit de la crèche, le couffin de l'Enfant Jésus, ou les ombres portées des vides sanitaires au-dessous des escaliers du Temple.

Toutes ces grisailles ou sanguines, il les enlève pour donner de la lumière ici et là, avec un bois ou une pointe et aussi parfois avec une brosse dure. Un damassé très effacé ou très léger recouvre les faces intérieures.

Il y a aussi le jaune d'argent, nitrate ou chlorure d'argent, qui est très librement posé et qui, par endroit, c'est reproduit sur d'autres pièces par fusion lors des cuissons. Il anime les nimbes, les cheveux, les architectures.


Le verre

Autre spécificité de cet atelier, c'est aussi le verre et sa découpe. Le verre utilisé est un verre soufflé en plateau.
Nous avons pu relever, grâce aux ondes concentriques que laisse ce genre de fabrication, que les plateaux de verre utilisés faisaient près de 90 centimètres de diamètre, soit environ les 36 pouces des mesures d'époque. Le verre est d'une surface non plane dont l'épaisseur varie de 3 à 6 millimètres et, sur certaines pièces, on trouve les bords arrondis, dits bourrelets, spécifiques à ce genre de fabrication.
De nombreuses bulles, petites ou grosses comme une cerise, s'étalent en cercles plus ou moins concentriques suivant les couleurs et les morceaux de verre.

Dans certains cas, les cratères, dû à l'âge du verre et à l'acidité de l'air et des lichens et mousses, laissaient sur le verre rouge apparaître le verre incolore.
Les pièces de verre découpées sont assez grandes dans l'ensemble
. Une pièce bleue du manteau de la Vierge s'étale sur 34 centimètres. Cela peut être une indication intéressante sur les dimensions des fours de l'époque.

La coupe de ces pièces de verres montre une dextérité hors du commun à une époque où le verre était coupé au fer rouge. Cela est visible dans les morceaux supérieurs de l'architecture des dais. Par contre, nous n'avons relevé qu'un chef d'oeuvre,qui est, après l'ouverture d'une fenêtre dans le verre, la pose d'un autre morceau de verre. On le voit dans le mur de la crèche. Cet atelier n'a pas non plus profité de la technique de la gravure à l'archet des pièces rouges, technique très utilisée au XVlème siècle.


Les marques de repères

Nous avons signalé l'absence de gravures à l'archet ; par contre, il existe une autre sorte de gravures que l'on trouve sur la face extérieure du vitrail et qui sert de repérages lors des diverses manutentions des pièces en vue de la mise en plomb.
Ces gravures, très petites, d'approche visuelle difficile, sont faites dans le coin des pièces, généralement dans le bas. Par rapport à certaines autres découvertes sur d'autres verrières, où ces marques de repères étaient d?une explication aisée à donner, ici nous nous trouvons devant quelque chose de plus complexe. Un seul panneau présente la même gravure et cela sur vingt pièces. Sur les autres panneaux, cela va de deux sortes de gravures à quatre, sans que l'on ne comprenne pourquoi, car il ne peut y avoir inversion de pièces. Ces marques de repères sont des F A. delta. , un triangle fermé, Z, o( . delta, z, et un graphisme représentant une paire de lorgnon. L'une d'entre elles nous a permis,  de remettre à sa place d'origine, une pièce d'architecture d'un dais qui s'était égarée dans un socle ou avait servi de bouche trou.


Des visages, des vêtements, des cheveux de Marie,  de l?Enfant Jésus.

Les visages présentent tous un nez légèrement courbe, cela étant bien sûr dû à la façon de travailler par transparence. Les yeux ont des sourcils et des paupières lourdes et deux ou trois rides apparaissent dessous. La pupille très noire est parfois enrichie d'une lumière blanche. Les cheveux de Marie sont longs et peignés ou disparaissent sous le voile bleu lors de la Fuite en Egypte et lors de la Circoncision. Ils sont maintenus par un serre cheveux ou serre tête, agrémenté d'une sorte de médaillon ovale.
Marie, personnage principal, est habillée, tout au long des huit scènes, de la même façon, sauf au Temple où son manteau bleu recouvre entièrement sa robe violette. La petitesse de la pièce et du personnage ne pouvait le permettre.
L'Enfant Jésus, tout nu sur un lange, à la Nativité et à la Circoncision, est revêtu d'un lange pudique lors de l'Adoration des Mages, puis emmailloté avec des bandelettes pour la Fuite en Egypte.

Des sols.
Ceux-ci ne prennent pas beaucoup de place dans la composition générale, ce qui est rarement le cas dans les autres verrières des XV et XVIème siècle. Il est vrai aussi que les socles diminuent d'autant la hauteur des panneaux figurés ainsi que la proportion largeur I hauteur de l'espace laissé libre au créateur.

Par contre, ce sol est important, et  est  dans la scène de la Fuite en Egypte, indication du lieu, Des petits cailloux ronds, groupés par deux ou trois, essaiment le chemin qui est égayé de plantes aux quatre ou cinq feuilles d'où sortent autant de pistils longiformes. Ce procédé graphique des cailloux et de leurs ombres sera repris plus tard par l'Atelier Le Sodec et existe chez Durer dès 1492.
Sur le sol de la Présentation au Temple, trois petits arbustes apparaissent au pied du mur de l'escalier contrebalançant l'oblique de cet escalier.
Sur les autres scènes, les sols ne sont juste qu'une indication timide comme parfois un graphisme de carrelage dans la scène de la Nativité.


Le carton

L'artiste s'est, semble-t-il, servi d'un carton bien au point pour toutes les scènes sauf une. Ce carton avait-il déjà servi? L'artiste en était-il l'auteur? On ne peut y répondre. C'est la différence de traitements entre la partie droite de la Présentation au Temple et les autres scènes qui nous amène à penser à une telle chose.

Dans cette scène, comme nous l'avons déjà signalé, on peut relever une certaine naïveté ainsi qu'un manque de connaissance architecturale et de perspective dans la construction du Temple et de son escalier. Cela, on ne le retrouve pas ailleurs. Il est cependant vrai que le décor y est réduit à la plus simple expression. Le manque de connaissance architecturale se révèle, entre autres, au- dessous de la fenêtre gothique, (qui n'est pas sans rappeler celles du Jubé de Notre Dame du Folgoêt) avec un boudin sans goutte d'eau, d'une longueur démesurée. De semblables boudins se voient à la Cathédrale de Quimper sous les fenêtres hautes du chevet haut datant de bien avant 1417.

A noter que la fenêtre signalée plus haut se retrouve en deux exemplaires dans la scène de l'Annonciation.
Une remarque, qui peut être faite sur ce carton, est le manque des réservations faites pour les lèvres des plombs,  lors de sa création Ces lèvres, dans bien des cas,ici, recouvrent en partie les extrémités et côtés des doigts des personnages et vont même jusqu'à cacher tout le pourtour de la tête de Marie lors de la Présentation au Temple. Tête qui dénote un manque d'habileté à traiter un petit visage.

Carton ou pas carton, ces petits défauts nous font qu'apprécier la qualité de l'ensemble. Et c?est un bon point pour l'auteur qu'il soit peintre ou verrier.

Comme nous l'avons noté à la Cathédrale de Quimper, les verriers de cette époque employaient des vergettes en forme, qui au lieu de couper chaque panneau horizontalement en trois ou quatre éléments par leur rigidité, contournait le dessin des têtes, mains et autres parties importantes. Cela se voit dans le tracé de leur emplacement.

Les nimbes,
La Vierge, toujours à gauche dans les scènes, sauf bien sûr lors de la Présentation au Temple, porte un nimbe, au jaune d''argent sur verre incolore, décoré de motifs gothiques sur le champ, sur seulement six scènes. Ce nimbe est partie intégrante de la pièce de verre au visage dans le Mariage, l'Annonciation, la Nativité, les Rois Mages. Il est indépendant lorsque le voile du manteau bleu est ramené sur la tête.

Lors de la Visitation, le nimbe de Marie a changé de couleur; comme celui d'Elisabeth, il est jaune foncé. Il en est de même pour celui de Ste Anne. Pourquoi ce brusque changement d'option ? Y a-t-il une signification iconographique?
Autre question que l'on peut se poser Pourquoi y a-t-il une absence de nimbe chez Joseph et Joachim, alors que le Grand Prêtre de la Circoncision en porte un, en jaune foncé? Sacralisation de la personne et du geste?

Quant à l'Enfant Jésus, il ne reçoit de nimbe qu'à partir de cette Circoncision? Il s'agit d'un nimbe dont le champ est cruciforme avec soit une grisaille tamponnée, soit avec en plus des enlèves à la pointe en raies de lumière.

Tout autre, est l'Enfant Jésus, lors des deux scènes de la crèche. Il est auréolé de stries de lumières qui inondent les langes.


Les bijoux et l'orfèvrerie

Nous avons signalé la présence du serre cheveux de la Vierge ; on le retrouve deux autres fois chez des femmes, l'une témoin du Mariage, la seconde, témoin de la Visitation. Le Grand Prêtre porte une agrafe de manteau dans les deux premières scènes et pas sur sa chape lors de la Circoncision.Quant aux Rois Mages, pas de démonstrations de luxe. Seul l'un d'eux porte une couronne posée sur son chapeau. Un ciboire avec couvercle et une cassette sont les seuls présents. Quant au Noir, la boucle d'oreille et le visage sont récents et probablement pas une extrapolation de restes de pièces d'origine.

Au XVlème siècle ce genre de bijoux est fréquent et provient de scènes de guerre flamande ou germanique. On peut le voir à Pont Croix chez un personnage avec un bandeau sur l'oeil, et, lors de la Flagellation d?Ergué Gabéric, où un des bourreaux porte un grelot en pendantd'oreilles. On peut aussi noter que certains cols de robes, en jaune d'argent, sont par leurs ombres portées, proches de colliers.

Pourquoi une restauration

Depuis une quinzaine d'années, avec le progrès technique, les ateliers de verriers ont à leur disposition des colles à base de silicone réversible qui ne jaunissent pas et permettent d'offrir
 
une meilleure lisibilité aux pièces de verres, qui brisées, étaient devenues illisibles à cause du nombre de plombs dits de casses.

Cette verrière présentait de nombreux cratères où les mousses proliféraient. Les ferrures qui séparent les panneaux étaient rouillées et la rouille du côté extérieur s'incrustait dans ces cratères sous l?effet de la pluie.

De plus, la pose, lors de la dernière restauration, avait été très mal faite. Les panneaux avaient été coupés sur les rives et étaient posés en superposition à la jonction des ferrures. Des pièces manquantes avaient été fournies. Certaines dénotaient n?étant pas dans l'esprit de la verrière. Cela se remarquait dans les dais et les socles d'architecture ainsi que chez certains personnages.

Nous en avons conservé  in situ certaines à titre de témoignage des diverses restaurations des XIX et XXème siècles. Il s'agit de la tête du Roi Mage, de celle de Gabriel, de certains morceaux de vêtements chez les Rois Mages et toute la partie concernant Joseph dans la Nativité.

Les panneaux du bas de Jean Jacques Gruber ont été remplacés par un nouvel accompagnement plus coloré. Ces panneaux au graphisme répétitif étaient conçus pour être moins visibles à l'origine, un panneau d'autel en cachait les deux tiers.


A la recherche d'un atelier

Espérons qu'un jour cette Vie de la Vierge révélera le nom de son auteur et sa date d'exécution, ou restera-t-il à jamais le verrier de Brennilis! Etait-il Cornouaillais ou extérieur à ce diocèse' Dans ce cas qui l'a fait venir.  Dans tous les cas, cette verrière n'est pas l'oeuvre de n'importe qui, et celui ci n'est pas à sa première oeuvre. Nous pouvons nous poser la question de savoir où sont passées ses autres oeuvres ? Ont-elles fait partie des quelques cinq cents ou milliers de verrières de Cornouaille disparues Ce verrier ne travaillait pas seul, il était aidé par des compagnons. Et nous pensons qu'il avait un commanditaire très au fait du programme car cette oeuvre révèle des tas de petits détails invisibles à plus de vingt à trente centimètres. Je pense ici à certaines terminaisons de lettres gothiques du Phylactère de l'Annonciation qui n'apportent rien en plus à la compréhension du sujet. C'est la première fois que nous nous posons la question de savoir si les maîtres verriers de l'époque, et particulièrement celui-ci, devaient travailler sous la surveillance du commanditaire ou donateur qui venait vérifier le travail en atelier, comme c'est le cas pour les orfèvres Cette recherche du détail, qui ne peut être aperçu du commun des paroissiens, était-elle faite par amour de l?art ou pour plaire au commanditaire?



NOTES.

1. L'église est classée le 12 novembre 1914.
2.La Conception de Marie. Elle est représentée de plusieurs manières, suivant les époques.
1° ce qui prévaut du XIII au XV e siècle est la rencontre de la Porte Dorée.
2° Fin XV et XVIe, Marie est une jeune fille à longs cheveux et joignant les mains que le Père Eternel bénit avec autour emblème.
3° Type « fort indécent » dit un traité d?iconographie de 1890. Barbier de Montant.
Sainte Anne est , debout, enceinte et dans son ventre ouvert, on distingue un pêtit être nu  ou une demie figure vêtu et joignant les mains. Autour, emblèmes de Marie et de chaque côté, chandelier allumé. Musée de Cluny. 1545.
A Morlaix,  le sujet en sculpture est visible sur une  maison.
3. Lors de l'inauguration de la Centrale, le recteur fut la seule personne à demander, à madame Pompidou, épouse du président de la République de l'époque, suite à la messe où elle assistait, de l'aide. Un projet de restauration de l'édifice n'aboutissait pas faute de moyens. Il eut ce qu'il voulut.
 Jean Jacques Gruber m'a raconté  de plus qu'il avait déjà fait un devis en 1928, devis revu en 1936. A  mon avis, il s'agit du père Gruber, Par contre, suite à la visite de madame Pompidou, il dépose les vitraux en 1966 et les reposa en 1971. Le recteur fut chargé de prendre les formes et dimensions, certains panneaux étant trop courts de dix centimètres.
Actuellement, l'édifice est fermé par mesure de sécurité et manque d'argent pour une restauration.



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Published by Jean Pierre Le Bihan - dans famille de peintres vitriers
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