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15 mars 2007 4 15 /03 /mars /2007 18:01
            LEUHAN ET SA CRUCIFIXION.


                Commune de Leuhan, Finistère.
                    église Saint-Theleau


        UNE CRUCIFIXION


La fenêtre du chevet de cet édifice présente, insérées dans un montage haut en couleurs et géométrique, genre kaléidoscope, du début XIXe siècle, quelques pièces anciennes du XVIe  siècle.

Le fenestrage de la baie, qui a été restaurée au milieu du XXe siècle, le pignon s'écroulant, a retrouvé sa forme originelle, et, semble être plus proche du XV° siècle, alors que les autres baies de l'édifice portent le caractère du XVI°siècle.


Cette baie  est partagée en  3 lancettes en ogive de 3 panneaux de vitraux, dominées par un réseau de 3 écoinçons, le fond est unmontage  à base d'une résille  de bornes de couleur jaune se croisant à angle droit  à un point rouge créant ainsi en leur centre des losanges blancs à filets violets.

Inventaire des vitraux anciens

Ces vitraux, de petites surfaces, nous offrent des éléments d'une crucifixion, complétée, il y a une cinquantaine d 'années, avec un Christ en croix, une Vierge Marie, un saint Jean. Une tête d'évêque crossé, une dizaine de pièces d'architecture des XV° et XVI° siècle, un médaillon présentant les cinq plaies, complètent cette en semble de qualité.

        La Vierge Marie.


C'est le plus beau morceau de l'ensemble et possède l'avantage d'être le plus complet.


Dans la lancette de gauche un élément rectangulaire présente une Vierge de la Crucifixion en manteau bleu.Ce manteau semble moins ancien mais offre au regard un très bon drapé. Pour le visage et les mains serrées de douleur il est utilisé de la sanguine. Le verre employé est  un verre incolore verdâtre  concave, forme probablement due à la cuisson, vers l'intérieur d'une épaisseur de 2 à 3 cm.Ce verre reçoit un léger jaune d'argent et de la grisaille brune, que l'artiste a enlevé à la brosse dure.

Un gros trait de grisaille noire entoure le visage de Marie et marque la limite avec le blanc du voile. Cette tête et ce voile font partie de la même pièce de verre.

Les sourcils, un trait surmonté d'un pointillé, se rejoignent avec  deux virgules, qui ne sont pas sans rappeler l'école, des sourcils à la banane, spécifique à certains vitraux de Cornouaille. De ses yeux s'échappent, vers le bas, des rayons lumineux.
Le nez est épaté et les lèvres charnues, une sanguine très rose anime la lèvre inférieure, tandis qu'une seconde plus légère, caresse le visage. Cet élément peut nous permettre de  mieux cibler la datation  que nous estimerions pour le tout début du XVI° ; cette sanguine n'apparaissant en France qu'au XV°.
Un ton chair est déposé sur les lèvres et le visage. Au-dessus de Marie flotte, horizontalement, un nimbe  de forme ovale rayonnant

Le dessin de ces vêtements est tout en contraste de valeurs de grisaille noire plus ou moins forte, qui donne l'impression d'un manteau fait dans un tissu ou étoffe épaisse.

Comme dans toutes les Crucifixions, Marie est debout, les mains jointes, la tête, sortant d'un voile blanc, légèrement inclinée vers le sol.

Dans ce sol, il ne reste que quelques pièces avec sanguine où on peut déchiffrer quelques fleurs, possible indication de la Résurrection et du printemps.

Les verres et leur état de conservation.

Les verres, suivant leur composition, présentent du côté extérieur, des états de conservations différentes. Les verres incolores, comme il est fréquent, présentent des petits cratères, tandis que les pièces bleues du manteau et violette de la robe ont une face extérieure très propre et lisse. A noter que seule  la partie haute est ancienne.



Le Christ en croix


Dans la lancette centrale, deux éléments rectangulaires indépendants, l'un offrant un Christ  fin XVIe sur une croix de couleur jaune brûlée. L'autre une tête d'évêque à la mitre au jaune d'argent

 Il porte une couronne d'épines au jaune d'argent dont le dessin a disparu, il en est de même du visage du Christ. Les doigts sont resserrés, entourés de pièces anciennes. Le INRI,ou titulus, est d'époque.  Sur la droite du Christ  divers pièces d'architecture seconde moitié du XVIe siècle.

Ici, très peu de pièces d'origine, et celles qui subsistent sont en très mauvais état, les grisailles noires et brunes ayant disparues. C'est le cas pour la tête, le bras et la main gauche. De la couronne d'épines descendent des larmes, du moins par la forme, de sanguine très rouge..

On peut relever que les doigts serrés et la main n'ont pas de clous, mais une tache de sanguine, avec sept traces de sang en  étoile; détails peu visibles sur photos.

Le INRI nous offre pour séparer chaque lettre un graphisme losangé aux côtés concaves.

Seul l'élément supérieur de la croix est d'origine avec son imitation de veines de bois. La branche horizontale étant faite d'un décor damassé provenant d'un sol.

Les cinq plaies.

Cette dévotion, qui n'est pas antérieure au XV° siècle, est ici présentée dans un ovale de verre bleu, dont toutes les pièces, sauf l'une, sont d'origine.

A  l'intérieur, posés en étoile, deux mains et deux pieds entourant un coeur. La plaie de ce dernier a pris la forme d'un croissant de lune, le sang qui en coule est un peu indiqué par des traits verticaux, un peu comme des cils à l'envers, tandis que pour les pieds et les mains, ces dernières ont pris la forme d'un gant, du côté du poigné.Les plaies du trou du clou sont rondes, étoilées de sang.

Ces pièces ont été exécutées sur un verre incolore légèrement verdâtre parsemé de multiples cratères. Une sanguine brune est employée pour les plaies et le sang.

L'évêque

Il est plus ancien. En verre incolore, une légère sanguine appuie le trait noir bien plus large que celui qui anime les traits de la Vierge. 

Pour la mitre, une grisaille noire est posée au lavis sur la face extérieure du verre,
pour animer le volume tandis que la face intérieure est agrémentée d'enlevés au bois parralléles et horizontaux. Dans le bas de la pièce, l'artiste utilise de petits enlevés à  la pointe.

Pour la crosse, le jaune d'argent est employé, ainsi que le trait noir posé sur une grisaille brune. Seule la fleur décorative a gardé la teinte du verre.

Par la façon de poser le trait et surtout son épaisseur, cette pièce ne semble pas être l'attribut de notre évêque. La grisaille brune n'est pas non plus employée chez  ce dernier. Et on ne peut savoir s'il s'agit d'un évêque ou d'un moine.

Aure élément à noter : deux lettres d'écriture gothique.

Saint Jean.

L'intention était bonne, de présenter à droite du Christ, ce personnage, mais ce n'est pas un saint Jean d'une Crucifixion, car nous découvrons dans sa main droite, certes avec difficulté, un livre.

L'inventaire des pièces anciennes se résume aux deux pièces des mains et manches, ainsi qu'à quelques pièces  rouges d'une robe, certaines avec plis, les autres avec damas ; tout ceci indiquant divers provenances.

Cependant l'intérêt réside plus dans l'esprit du modelé et du dessin de ces pièces. Il y a été utilisé  un jaune d'argent très fort  et très orangé, ici plus du chlorure d'argent que du nitrate de ce dernier. Un autre jaune d'argent plus léger, mélangé à de la sanguine est aussi utilisé.

Ce travail n'est pas sans rappeler les saints ou apôtres du chevet de la chapelle du Manoir de Kernault en Mellac

n
Note. diverses pièces datent de la dernière restauration du xx° siècle, comme la tête de Saint Jean ainsi que les fonds d'accompagnement.

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Published by Jean Pierre Le Bihan - dans famille de peintres vitriers
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