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2 mars 2007 5 02 /03 /mars /2007 13:39

            Marie l'Egyptienne,

                            BAIE127

Cathédrale Saint-Corentin de Quimper

 

Dans cette baie d'exposition nord, vitre dite de Kerloaguen, et composée de cinq lancettes trilobées, onze panneaux de vitraux sur les vingt ont  pu conserver, des quantités plus ou moins grandes, de pièces d'origine.

Les restaurations successives, nous en avons dénombré plus de trois, depuis celle de 1869-1870,  n'ont pas amélioré l'état des vitraux.
       
    Parmi ces onze panneaux du  XVe siècle,  sur les vingt que totalise cette baie, on relève les cinq têtes de lancettes, dont l'une n'a conservé que cinq pièces, puis deux panneaux avec chacun un chanoine donateur, en a2 et b2, une Pietà couvrant deux panneaux superposés, les c2 et c3, et enfin un couple de donateurs présenté par Marie l'Egyptienne en e2 et e3.

Les lancettes sont numérotées de gauche à droite par les lettres a,b,c,d,e ; en hauteur avec des chiffres.

Originalité de ce vitrail.


    Cette originalité réside dans une certaine façon de procéder à l'exécution de certaines pièces du corps comme les têtes,ici Mariel'égyptienne et les mains. Nous avions  déjà relevé,  cela dans le vitrail du chevet de l'église de Brennilis, et cela se sentait aussi dans les têtes des donateurs du côté sud du choeur de la cathédrale. Toutes ces pièces, têtes et mains, ont été peintes suivant un même modèle ou poncif, par transparence, dont les  grandes lignes ont été conservées, et lorsqu'il en était le besoin, le modèle était retourné. Cela est lisible par superposition des pièces. Notion de facilité, ou recherche d'une unité de style de la part de l'atelier! dessous Vierge de la pietà

                                           
Une seconde originalité, qui peut être intéressante pour la connaissance de l'atelier, concerne les pièces de corps humains et celles d'architectures. Toutes les faces extérieures des verres présentent une ébauche, un double, au trait de grisaille du dessin intérieur, parfois très lisible, d'autre fois relevable grâce à une suite de cratères qui a suivi le trait de grisaille. Après réflexions, nous pensons qu'un premier peintre posait, ce trait extérieur, à la chaîne sur toutes les pièces,  puis un second, plus peintre que le premier, et dont le travail de trait, de lavis, d'enlevés était plus long et plus délicat, exécutait la pièce, et cela pièce par pièce.




Pourquoi cette présence de Marie l'Egyptienne dans cet édifice.
ici à gauche avant restauratio, à droite après
.

.La présence de cette Marie l'Egyptienne, comme intercesseur du couple n'est pas directement explicitée et le texte gothique du phylactère, pour le moment incompréhensible, ne nous est d'aucune utilité dans cette recherche.le texte présenté provient de la Piéta

    Quasiment inconnue en notre fin de vingtième siècle, elle fut cependant la plus illustre des saintes du désert, et accompagne souvent dans les Fontaines de Vie, une autre pécheresse, Marie Madeleine.

Qui est-elle?

Sa vie est bien connue au Moyen Age qui lui attribue la date de l'an 421 pour sa mort et qui  célèbre son culte au mois d'avril, le 9, jusqu'au XVIIIe siècle, puis le 2 plus tard et cela même jusqu'en 1925.
ci contre les trois pains


    Du XIIe siècle, il existe un chapiteau du cloître Saint Etienne de Toulouse qui raconte sa vie, et, les vitraux, peu nombreux, ne sont pas en reste, comme à Chartres vers.1205-1215, et Bourges 1210-1215, sans négliger Auxerre. Les époques postérieures semblent moins fécondes. J'ai pu en relever un de la fin XVe dans le Cher, et un second, du milieu du même siècle à Vendôme.


 Je pense, que cette représentation de Marie l'Egyptienne à Quimper est la seule de Bretagne. Par contre l'éventualité de la présence d'une seconde serait la bienvenue.

    C'est une sainte qui semble inconnue au XIXe. Pour Le Men, historien de la cathédrale,  lorsqu'il voit dans ce vitrail<< un saint qui est probablement Saint Maurice>> assertion vite corrigée dès 1892 par l'abbé Thomas , autre historien. Ottin, maître verrier auteur d'un volume sur le vitrail , parle d'une << Marie Madeleine vêtue des ses cheveux jaunes>>, et Aymar de Blois d'<< un saint ou sainte qu'on n'a pu distinguer>>
 
<< une créature bizarre, toute nue, avec un corps tout noir
et brûlé de soleil>>

    Debout derrière les donateurs, la main gauche reposant sur la donatrice, ses longs cheveux au jaune d'argent, essayent de couvrir la nudité de son corps, laissant cependant apparaître une partie des seins.


A noter que le gauche est moderne. Telle elle est décrite au Moyen Age, lors de sa découverte par l'abbé Zozine dans le désert de la Pérée où elle se retira durant 47 années : << une créature bizarre, toute nue, avec un corps tout noir et brûlé de soleil>>

    Sa tête, en verre incolore, aux cheveux exécutés aux traits et aux enlevés au bois, avec une raie au milieu, est penchée sur la droite. Son regard, à la pupille noire et à l'iris gris, ne se porte pas sur les donateurs, mais plutôt sur le corps du Christ de la lancette à sa droite. Un nimbe rouge, très haut placé, est orné de deux rangés de perles blanches, exécutées à la gravure à l'archet.

De la main droite, elle porte sur un livre rouge à tranche dorée les trois pains, symbole de vie et nombre divin, qu'elle emporta au désert après les avoir achetés à Jérusalem, avec les trois deniers qu'un inconnu lui donna. Sur sa droite, le phylactère est un morceau de bravoure technique dans sa découpe.

    Comme fond, un rideau bleu orné d'un galon de verre jaune au graphisme proche de O et de V. Derrière, une baie gothique, verte à trois lancettes et réseau de couleur noir, comme aveugle intentionnellement, est entourée de voûtains rouges.


   
    Les donateurs, les Kerloaguen,

   

    C'est le seul couple qui se trouve dans ces baies hautes de la nef, alors que le choeur nous en offre plusieurs. Qu'il y en ait eu d'autres, rien ne vient le confirmer.

    Il s'agit de Morice de Kerloagwen et de Louise de Brehet, dame de Rosampoul, mariés en 1446. Cette dame, originaire de l'évêché du Tréguier, serait la fille d'Olivier, praticien en cour laïque qui prêta serment en 1437.

    L'un derrière l'autre, vu de trois quart, tournés vers la Pietà, l'époux semble prendre plus de place. Il est le seul à avoir droit à un prie Dieu qui ne soit pas recouvert d'étoffe comme c'est le cas pour les chanoines donateurs. Ce meuble n'est pas armorié, la restauration XIXe n'ayant laissé qu'un élément de pièce, vierge de tout
 indice.
Le livre de prières, à la tranche jaune, et aux sept lignes posées dans une cartouche rectangulaire, est bien plus petit que ceux des membres donateurs du clergé. A cela nous ne voyons d'autre explication que celle de laisser apparaître, sous les mains du donateur, des éléments d'armoiries. Mais au premier abord, cela ne justifie pas la différence entre ces livres de prière, chanoines et donateurs laïques. Ci-contre visage du donateur

Le verrier du XVe siècle s'est peut être soumis, soit à une règle  iconographique, soit au désir du donneur d'ordre, le laïc devant garder son rang. Il n'aurait pas le droit d'étaler le même symbole d'enseignement et d'autorité que le clergé, symbole, qu'est le livre saint, qui se doit d'être l'attribut du Père Eternel, du Christ, des évangélistes, des docteurs de l'église, des prophètes, des saints et d'un certain ordre social ou classe. Il n'a droit qu'au "livre de poche". . . .

    Dans cette représentation de donateurs, pour différencier l'homme de la femme ou, vice versa, les visages ont pris les teintes roses ou blanches. Il en est de même des mains jointes qui sont vues de trois quart et qui n'ont pas tout à fait la même ouverture de paume, et, les doigts de Louise sont recourbés.

    L'époux porte les cheveux assez longs, et bien peignés avec raie au milieu. Pour elle, c'est un bonnet, dont la coiffe est éxécutéz avec un verre rouge, plaqué sur verre incolore, gravé de perles blanches, encadré de rabats d'un bleu mauve. Tandis qu'il porte sa cotte d'armes, blasonnée au-dessous d'une collerette d'un bleu clair, couleur identique à la pièce d'armure du bras droit, celle du gauche n'étant pas ancienne, son épouse est habillée d'un chemisier ou, bustier, pour lequel il a été utilisé du verre incolore légèrement verdâtre, et sur lequel le peintre a laissé libre court à sa fantaisie. Il continue le trait indiquant l'ouverture de ce vêtement sur les boutons, qui se trouvent ainsi coupé en deux.

    Une manche rouge apparaît sur sa gauche, et le bas du panneau, avec des restes d'armoiries, devient incompréhensible.
On peut cependant relever que cette dame a été mutilée d'une partie de son dos, qui aurait dû continuer jusqu'au bord droit du panneau,  et aurait ainsi supprimé  le fond bleu apporté au  XIXe. Nous n'avons trouvé aucun indice sur sa robe, actuellement de couleur verte.

    Ces panneaux sont-ils à leur place d'origine, étaient-ils dans une autre baie ?

La Pietà peut en être un exemple. Tous ses panneaux ont été coupés en largeur. De plus l'architecture du côté gauche fait 3 centimètres de moins que celle de droite. Du coup, le nimbe du Christ  a subi une grosse ponction. Par contre la Croix se trouve exactement au milieu.

A signaler ici l'erreur de lecture d'Aymar de Blois qui y voyait un baron de Pont-l'Abbé en Maurice de Kergloaguen, à cause du Lion rampant de gueules.



    L'architecture des dais,



    L'originalité de cette baie vient qu'elle est la seule de la nef à présenter à la fois deux types d'architecture de dais. L'un, sur fond bleu, est repris trois fois dans les lancettes a, c et e, le second sur fond rouge, en b et d. Ces architectures sont construites sur une superposition de pièces de verre de 23 centimètres de hauteur, la largeur variant avec l'emplacement dans la construction de l'édifice présenté. Certaines de ces pièces offrent des prodiges de coupe.


    Les architectures b, la seconde sur la photo et d, première et troisième

    Malheureusement pour celles ci, les pièces anciennes sont peu nombreuses, et ne nous laissent à peine de quoi reconstituer la partie supérieure au dessus de la barlotière. Cependant on peut estimer, comme le propose la restauration du XIXe,que la large façade, encadrée de deux culs de lampe supportant deux colonnes, laissait découvrir un culot supportant les nervures d'une voûte. Il nous arrive très souvent, ici c'est le cas, de penser que ce restaurateur possédait des pièces ou, des informations, je pense à Ottin, ou des éléments de pièces qu'il n'a pas transmis.

    Au-dessus, où les pièces sont anciennes, en partie et leur nombre suffisant pour  une reconstitution, un gable, surmonté d'un fleuron, que l'on retrouve à droite et à gauche sur les deux faces en perspective, fait place à un pignon ajouré de baies jumelées et surmonté d'une galerie percée de quadrilobes. Plus haut, un dernier fronton, aux arêtes concaves, orné d'un trilobe se termine par l'incontournable fleuron au jaune d'argent.

    Cette construction d'édifice, nous sommes au XVe siècle finissant où la perspective n'est pas encore entièrement définie et par la très connue, est traitée avec une recherche naïve de perspective, propre à nous donner le tournis, les axes se contredisant, s'emmêlant, comme si tout était prêt de s'écrouler. Heureusement que cela s'accroche à deux contreforts et pinacles ainsi qu'à une colonne centrale bien verticale. Ce qui n'est pas le cas des multiples lancettes.




Notes,





, à propos de Marie l'Egyptienne,

 Fra Angelico la présente en 1437, dans le trityque de Pérouse.
En avril 1998, numéro 2745, dans l'hebdomadaire La Vie, paraît une reproduction d?une statue en pierre du XIVe de Marie l'Egyptienne, entièrement habillée de ses cheveux présentée comme étant une Marie Madeleine. Elle provient de l
'église Notre-Dame d'Ecoui
s et fait partie de l'exposition << L'art au temps des Rois maudits : Philippe le Bel et ses fils>> montée au  Grand Palais, où cette erreur est reprise autant  sur le socle, que sur l'affiche.

A la
cathédrale de Bourges, XIII
  • cathédrale d'Auxzerre
  •   , dans la baie 23, chapelle du déambulatoire, vingt scènes de sa vie sont narrées. Les vitraux de la creproduisent à peu près les mêmes sujets. Au musée Fech d'Ajaccio elle est présente au milieu de cinq saints qui font partie d?une peinture sur bois du Maître du Crucifix d?Argent

Dans certaines Fontaines de Vie, l?efficacité salutaire du bain dans la vasque où les gens de tous les ordres viennent se purifier, est attestée par la présence de deux pécheresses : sainte Madeleine et Marie l'Egyptienne.

Elle est le symbole de la communion. L'abbé Zourine lui donne la communion. Elle est invoqué comme saint Antoine pour « le feu », le feu de la prostitution, «  feu au fesse »Son corps est recouvert de poils comme  le démon, par image à son ancien métier.
Les seins apparents indiquent la dégradation de son âme comme la nudité absolue. Pénitente :  ses ch
eveux qui en poussant couvrirent tout son corps. Image de la Vierge qui motive sa conversion.










   

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Published by Jean Pierre Le Bihan - dans famille de peintres vitriers
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