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18 février 2008 1 18 /02 /février /2008 16:52




    LE PRISONNIER

Les lettres des prisonniers
et le retour du père.

Il y a les lettres. Ils sont deux, les prisonniers :
mon père et mon oncle, quelque part en
Allemagne. Ce sont plutôt des cartes que l’on
Reçoit avec en entête des mots étrangers. 
Lettres que l’on conserve précieusement, et
que l’on nous lie « Viens, je vais te lire une  lettre de ton papa. »
D’autres mots étrangers s’incrustent, « oflags, stalags, Pomeranie, Nuremberg. » Mais Il y a aussi« merci pour le  colis, reçu ta lettre, j’espère que les enfants sont sages et qu’ils font bien leur prière,  bonne santé, libération prochaine »


Il est prisonnier à Landerneau, à l’école Sainte-Anne, jouxtant la maison familiale, « La Butte » de la rue de Daoulas.

Etrangeté du sort, il est enfermé dans une école qui s’est installée au début XXe dans l’ancien atelier de vitrail Saluden.  comme me l'a dit ma grand-mère Madame Saluden. Un ami de la famille, architecte, monsieur Lachaud, l’y rejoint? ainsi que d'autres bretons,qu'il retrouvera en allemagne. La famille de cette architecte a quitté Quimper et est hébergée à La Butte que nous avons rejoint, ma mère et mes deux frères et ma soeur, après avoir quitté Brest

Didier Le Her, bedeau de l’église Saint-Thomas, habite avec son épouse au-rez-de-chaussée de la maison.

Il a ces entrées dans cette école devenue prison et transmet quotidiennement aux prisonniers, des officiers, des nouvelles et des paquets de nourriture, jusqu'au jour, où il arrive très tôt le matin

;Il venait de sonner l’Angelus, annonçant qu’il les avaient croisés, dont « monsieur Yves et son ami » bien escortés et qu’ils se dirigeaient vers la gare.

Aidé de Didier, les deux familles, ma mère portant son dernier, se rendent  à la gare, en courant,  autant que les petites jambes le permettent.

Un  train  de couleur noire est là, une loco qui fume, des fenêtres, des soldats sur le quai.  Comme les autres, le bagage au pied, il est sur ce quai. Nous l’entourons et l’embrassons.  Comme les autres, il pense qu’il s’agit d’un court intermède.

Je me rappelle pas du reste,  ni du retour à travers Landerneau.

Ci joint  au-dessous, lettres, et messages trouvés bien plus tard;

Landerneau. 24 juillet 1940 ;

« je suis un pauvre prisonnier qui ne peut sortir »

Landerneau. Vendredi 30 août 1940. Yves à son épouse.

« On nous a appris à l‘appel de 11 h. que les visites aux prisonniers étaient supprimés depuis.. Le 8 août, donc pour dimanche nous sommes privés. On a posé la question : à savoir si dimanche elles le seraient encore. Je n’ai pas encore eu la réponse.

Louise-Anne à son époux;

Je te joins la demande que tu présenteras au Colonel V.. quand tu le verras Tu lui demanderas où en est la demande de libération pour moi Tu as 4 enfants. je travaille à Brest chez ma belle mère.




Je serais tout à l'heure, à 4 h à la fenêtre. Viens jusqu'à la porte... on verra bien. »

Landerneau ; Dimanche 8 septembre. 1940 11 h 30.
« Je t'ai guettée à la sortie de la grand-messe (église Saint-Thomas, En sortant de la messe
Louise-Anne  pour rentrer à La Butte, distante de 300 mètres, passe  devant la ruelle qui mène à l’école et qui est fermée par une grille), mais je ne t'ai pas vu. Si tu peux venir ce soir vers 6h  ou demain à 4 h  je t'attendrai directement à la porte d'entrée.

Yves à son épouse:Les bruits les plus divers circulent ici sur notre départ. J'espère qu'ils ne se vérifieront
pas.. ...Va comme je te l'ai dit à Pontivy. ( où habite les beaux-parents) »

Mardi 10 septembre. 1940. 6h. du soir. Papier 13x18, écris au stylo, plié en
quatre.
« Je pars demain. Je t'envoie la mallette comme convenu. Demande à Pontivy la
clef. Le moral est bon. » ( Que contenait cette mallette ? Mystère)

Dans le train. Jeudi 12 septembre 1940.
9h. ½ papier13x18. écris à l'encre
« Nous passons à Rouen ? On
continue vers je ne sais où. Tout va
bien.
Je jette par la fenêtre. Ecris à Mmes Laffargue, Durand,
. Bien à toi. » Yves.
les officiers de réserve comme Yves Le Bihan Laffarge et Durand, Lachaud, Brunerie, Romieu,Le Boetté, Maufra et + connaitrons ensemble les camps.

Dans le train. Jeudi  12 septembre
17h. Papier 13x18. Ecrit au crayon
,jeté par la porte du wagon. A ses parents à Pontivy.
« je suis dans le train depuis hier. Ce matin, nous sommes passés à Rouen. En ce moment nous allons sur Creil..  après ? je ne sais pas. Nous sommes un train immense. Rien que des officiers. Dans des wagons à bestiaux sans pailles. »

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Published by Jean Pierre Le Bihan - dans jeanpierrelebihan
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