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15 février 2008 5 15 /02 /février /2008 05:28



    LE VTRAIL DE MELGVEN    ~

:~Ou l’art d’accommoder les restes

                                      De toute l’église de Melgven les vitraux du choeur sont les seulsIMG_7431CRUCIFIXIONW.jpg éléments à pouvoir s‘honorer du label Monuments Historiques encore que l’arrêté de classement du 10 novembre 1900 laisse planer une curieuse Incertitude: visant effectivement des restes de vitraux du XVI. Il indique deux fenêtres du choeur, quand lesdits restes on occupent trois.

            Comprenant bien que l’oeuvre
-    sauvegardée n’était pas primordiale, les études générales l’ont un peu contournée. Après que René Harscouêt de Saint-Georges eût proposé en 1932 une lecture des blasons, le chanoIne Pérennés tentait l’année suivante une description des panneaux. Examen dans l’ensemble correct, hormis quelques fantaisies héraldiques ou les flèches de. Saint Sébastien multipliées par deux... Le nouveau Répertoire de Couffon, pour des raisons qu’on s’explique fort mal, mélange avec désinvolture l’ordonnance des scènes, indique une Trinité là où Il n’y a que le Père et le Fils, recompose ‘une” grande - Crucifixion. Avec Larrons, bien évidemment sur le dessin de Jost de Neg-ker dont on sait pourtant le cas qu’il faut désormais faire.

                L’ensemble, toujours présenté comme homogène, se date donc des environs de152O, plusieurs des personnages portant un nimbe rouge à points blancs comme dans la verrière de l’Ascension de Sainte-Barbe du Faouët.
-
La réalité est Infiniment plus complexe.

La maîtresse vitre, celle qui dans l’axe du sanctuaire éclaire directement l’autel, ne peut-être, dans son assemblage actuel  que postérieure à 1862~ date confirmée par un blason moderne de mariage placé dans le remplage

. De plus, le dépouillement des aveux provenant de la Chambre 2 des Comptes de Nantes permet de restituer l’emplacement primitif dans l’église d’un certain nombre de blasons évoqués “au titre des’prééminences des deux seigneuries du Fresq et du Minuellou.
Tous proviennent soit d’un vitrail de la chapelle Nord démolie et reconstruite par Bigot on 1844, soit de la fenêtre au-dessus de l’autel du même bas-côté Nord, portion d’édi-fice également refaite on 1844.
            Le fameux panneau dit du donateur pourrait également avoir la même origine.

Un .prêtre agenouillé, portant pour armes trois marteaux de gueules, est accompagné de son saint patron, en qui Pérennès croyait voir une femme, sans doute à cause de ses longs cheveux - blonds.. Portant cou-ronne ornée d’une croix, tenant en main droite une autre croix proces-sionnelle, le personnage semble bien être Saint Louis à qui précisé-ment l’autel de la chapelle Nord de l’église se trouvait dédié encore au XVIII., conjointement avec Saint NicoIas

         Composée d’éléments do pro-venance diverse, bien que de même école là fenêtre du chevet oubIie forcément le projet de son premier carton qui a du  être effecti-vement. une grande Passion Incluant les deux piliers; de I’Eglise. et patrons de la paroisse que sont Pierre et Pàul. Lors d'une, dernière restauration, les Larons,.en trop:
mauvais état, auront été déménagés dans une autre verrière, permettant un réassemblage d’importance pour accueillir le ou les pan-neaux mis en caisse depuis 1844, les. niches à dais insérant les diverses séquences sont bien d’inspiration flamande et rappel-lent Guengat. Encore faudrait-il s’assurer qu’elIes sont toutes authentiques car on voit ml1 récu-pérer des panneaux tous pourvus du  même cadre. L’enquête suit donc son cours.


- Louis -Pierre Le Maître Le Progrès, 3 juin 1989.



I

Etudiée pièce par pièce
Dans la verrière restaurée de Melgven,  Jérusalem rappelle « les riches heures du Duc de Berry »



Une étude, à base de docu-ments d’archives partiellement inédits, avait été consacrée aux multiples restaurations et reconstructions de l’église de Melgven dans le bulletin de la Société archéologique de 1989.

Consulté à propos des vitraux du choeur, jusque là datés commodément du XVlèmo siècle, Jean-Pierre Le Bihan, le maître quimpérois, avait su rester très prudent, ne voulant pas porter de «diagnostic» avant de disposer de tous les éléments démontés.

Ce qui a été fait. Déposée au début de cette année 94, la verrière a retrouvé place pour les fêtes de Noël. Quelque 300 heures de travail exemplaire et riche d’enseignements. Et un léger retard causé par le mauvais état des meneaux et du tympan pour lesquels les crédits n’avaient pas été prévus.

Les panneaux sont revenus à leur place et le commun des fidèles n’y verra point de changements, hormis une plus grande clarté, ce qui est le but de toute restauration.

L’historien pour se part se trouve renvoyé à d’autres études.

Certains éléments datent en fait du XVème siècle et les niches à dais qui donnaient à l’ensemble une belle homogénéité ne sont en fait que des années 1920 ... «salies volon-tairement pour donner une impression de plus ancien». -

DANS LE CORPS DU CHRIST, LA PRESENCE DE YERRE ROSE I


La Crucifixion remonte bel et bien au XVème, mais pas dans son entier. Le Christ en croix mis à part la tête, la Vierge en son entier et seulement les deux mains de Saint Jean. Saint Sébastien qui  occupe le quatrième panneau de cette série du haut, n’est pas mieux loti

«La seule pièce ancienne du personnage est sa jambe gauche et elle est travaillée à la sanguine ce qui ne peut être que du XVlème siècle. Le fond, lui aussi de la même époque, a permis au restaurateur de 1920, Labouret, de recomposer le personnage».

Mais le corps du. Christ a révélé la présence de verre rose, une teinte qui dénote bien le XVème siècle alors que la sanguine n’était pas connue et que l’on retrouve couramment en Cor-nouaille, de Kerdevot à Guengat et de Locronan à Conçarneau, dans le vitrait récemment découvert.

Pour Jean-Pierre Le Bihan «ce verre rose, chez le Christ, a peut-être été choisi intentionnellement pour faire ressortir son corps et le. différencier du blanc du pagne. ‘Ce qui n’est pas le cas en Cast à Quillidoaré qui semble un peu plus ancien »

                         LES RICHES HEURES DU DUC DE BERRY

                             Autre découverte intéressante la représentation de la cité de Jérusalem à l’arrière-plan du calvaire. Ici, bien que posée sur le Golgotha, elle se trouve en situation presque horizontale, devenant une ville fortifiée avec église «très dans l’esprit des Riches heures du duc de Berry. Sa té ch. rouge, irrégulière, se promène entre le vert du Golgotha et le bleu sourd du ciel d’origine».

                     UNE RECHERCHE ALLANT JUSQU’AU CHEF D’œuvre

    La travée plus basse regroupe maintenant les deux saints patrons de la paroisse, Pierre et Paul, le groupe du Père Eternel et le chanoine donateur présenté par son patron qui peut être Saint Louis ou aussi Saint Michel. Etude visages les plus anciens sont les plus forts mais du XVlème siè-cle seulement.
des

    Par contre les armoiries du bas, incrustées dans un décor XX°siècle s’avèrent «dans leurs personna-ges et leurs motifs végétaux d’une recherche éblouissante de dessin et de technique allant jusqu’au chef d’oeuvre. Ce que l’on découvre dans le blason de la première lancette avec un rouge incrusté dans un verre blanc. La découpe de motifs floraux est d’une dextérité ardue».

                       UNE INNOVATION: LE DOUBLAGE DES PIECES BRISEES

On s’est aussi rendu compte que le précédent restaurateur avait utilisé u moyen de conservation rarissime à l’époque: le doublage des pièces brisées. «ici les têtes, brisées en trois ou quatre morceaux, auraient dû il y a 70 ans être défigurées par des plombs. Il n’en a rien été.

Le restaurateur a inclus ces pièces entre deux plaquesde verre blanc. Ce qui pouvait être une bonne idée. Malheureusement, la conjugaison de deux verres blancs protégeant le verre ancien; par un phénomène de chaleur intérieure, a pulvérisé en de multiples morceaux les têtes» «Nous y avons remédié en recol-lant les pièces et en les doublant d’un seul verre extérieur,>.

                     LES MYSTERES D’UNE AUTRE PASSION

Après avoir eu une Crucifixion au XVème, l’église de Melgven aurait commandé une Passion au siècle suivant. Comprenne qui pourra pourquoi la prernière est- revenue à sa place, poussant les débris de la suivante dans une fenêtre latérale. Car il ne reste plus que deux hauts de lancettes avec le Bon et le Mauvais Larron. La dernière restauration serait de Cassaigne, aux alentours de 1828, qui les aurait incorporé dans une vitrerie de couleur

                             «Si l’on s’en tientci  à ces pan-neaux, cette verrière n ‘était pas «mineure». Seuls manquent les deux panneaux bas et bien sûr la lancette centrale. Ce qui donnerait une Passion de 240 de haut sur 60 de large par lancette soit 4,32m2 A moins, autre supposition - que cette fenêtre ait eu quatre lancettes ce qui donnerait 5,76 rn?...»
                         Parce que plus fragile, un vitrail est plus sujet à mutation que toute autre pièce d’accompagnement liturgique d’une église. Les panneaux se bousculent, se refont au cours des siècles mais curieusement il reste toujours quelque élément de la leçon primitive.

Pour le seigneur prééminencier importait d’abord la sauvegarde des armoiries et pour le menu peuple sans doute que le cadre fut bellement rem-pli. De toute façon, dans le cortège bousculé des saints, la croix de Rédemption restait bien visible au dessus de la pierre d’autel

Loui-Pierre Le Maftre

    Le Progrès le 31 décembre 1994

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Published by Jean Pierre Le Bihan - dans famille de peintres vitriers
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